Les mots de Montpellier

Les mots de Montpellier

Atelier du 13/10/2015 par Maridan 7ème sujet

J’ai été bâti là, il y a bien longtemps, par deux vieux paysans qui en avaient assez de voir passer au galop les nobliaux en vacances. Les sabots de leurs cheveux provoquaient de graves dégâts dans leurs plantations. Ils écrasaient tout, et se moquaient au passage des reproches que les cultivateurs vociféraient à leur encontre.

 

Pierre après pierre, ces derniers m’avaient érigé, frontière solide contre leurs bourrins destructeurs. Pendant plus de trois cents ans, j’avais veillé consciencieusement sur la propriété qui avait changé plusieurs fois de propriétaire.

 

Au cours de ces trois siècles, j’avais été réparé quelques fois. Notamment après une grosse inondation qui avait créé une brèche importante dans ma continuité. Mais j’étais à nouveau debout et fringant.

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Depuis quelque temps, une fois de plus, la propriété a changé de mains et bien que mur, je n’en ai pas moins une conscience des choses. Les oiseaux qui viennent d’emménager sont de curieux spécimens.

 

Ils ne me plaisent guère, et la nuit, il m’arrive d’entendre des bruits curieux. Surtout, quand la rue se vide et que tout autour les lumières se sont éteintes. La plupart du temps, ce sont des cris, mais je ne vois jamais rien, tout reste dans la maison.

 

Seulement, ce soir la lune est haute, et j’ai vu arriver une gamine vers moi. Elle était à moitié nue. Son visage était ravagé par la peur et les larmes. Moi, je vois très bien la nuit. C’est l’avantage d’être fait de pierres. Je suis inébranlable. Il n’y a que l’eau qui me terrifie. Cette enfant, j’aimerais beaucoup lui venir en aide. Lui dire, par exemple, que tout près d’elle, il y a un massif touffu et que sous ce massif, il y a l’entrée d’une cachette qui avait été mise en place par le tout premier propriétaire qui dissimulait là, les ses maigres richesses pour qu’elles échappent à la cupidité des seigneurs et de leurs laquais.

 

La petite, je le sais, pourrait facilement s’y cacher. Alors avec toute l’ardeur de mon vieux cœur de pierre, j’appelle la lune à son secours. La lune et moi, nous nous parlons quelquefois. Il y a si longtemps qu’elle éclaire mes longues nuits. Ce soir, je suis bien tombée, car elle aussi a remarqué le manège des nouveaux propriétaires.

 

Elle lance un éclair de lune sur le massif et la gamine s’y précipite. Au moment où elle y entre, la lune se retire derrière un gros nuage.

Des voix approchent :

 

« Cherchez partout, elle ne doit pas être loin ! »

 

Ils ont tourné plus d’une heure dans le jardin sans la trouver. Alors ils sont repartis. La petite a dû s’endormir, car je ne l’entends plus. Le jour s’est levé et telle une nuée de corbeaux, les affreux ont quitté le nid.

 

Déjà deux jours qu’ils ont disparu et ce matin, un museau  sort avec précaution du massif. La jeune fille a le visage reposé. Elle avance avec précaution le long de moi. Sa petite silhouette observe à droite et à gauche et quand elle est enfin rassurée, elle embrasse mes vieilles pierres.

 

« Merci joli mur !La lune a entendu ta prière et elle m’a montré la cave. J’y ai trouvé un pot de confiture de fraises. Je crois que je peux rentrer chez moi, à présent. À mon tour, je prierai la lune pour qu’elle continue à veiller sur toi. »

 

Et c’est ainsi qu’au petit matin cette jeune fille a disparu de ma vie.

Il s’en passe des choses à l’abri des vieux murs.

 

Maridan 13/10/2015



22/10/2015
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