Les mots de Montpellier

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Atelier N°1 - 6/01/2016 – 1er sujet

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- Matricule 2722 !

 

Aujourd’hui, c’est devenu mon nom. On ne me dit jamais : « Patrick Morin, deux pas en avant ! » Non ! C’est juste matricule 2722, deux pas en avant ! »

On perd son identité lorsqu’on intègre l’univers carcéral. J’ai dû forcer mon esprit à intégrer cette nouvelle norme. En rejoignant le lot des détenus de droit commun, je n’ai pas perdu que mon nom, j’ai aussi réduit ma vie passée à néant.

 

Ici, toutes sortes d’histoires circulent. Chacun y va de sa petite fable, on se raconte sa vie. Les dealers en profitent pour essayer de te fourguer leurs cames : morphine, cocaïne, ecstasy, shit, une véritable épicerie pour drogués en tous genres. Les criminels t’expliquent comment ils ont nourri des années durant les cimetières de la région.

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Mon seul rayon de soleil dans cette geôle insalubre, c’est la petite Julie, l’infirmière. Elle vient des Hautes-Alpes, et je me plais à l’écouter raconter ses montagnes chéries. Moi, j’ai la chance de l’avoir pour moi seul. Mais pour les soins aux criminels, elle est toujours accompagnée de deux gardes armés.

 

La semaine dernière, elle m’a raconté un conte de sa région qui se passe dans un refuge, et dont le sujet est un alpiniste qui a perdu une jambe. Celui-ci se serait moqué d’une vieille légende qui disait que des fantômes hantaient ce refuge. Mal, lui en a pris, car le plancher s’est effondré sous lui. Quand les secours sont arrivés pour dégager sa jambe qui était coincée, le membre avait disparu. Impossible à croire pour les pompiers qui ont trouvé un moignon parfaitement cicatrisé. Malgré l’abondance de témoins, ils n’ont pas cherché la sinistre dépouille.

 

À bouts d’arguments pour les convaincre, le malheureux a laissé tomber. Il est rentré chez lui, où deux jours après, sa femme l’a retrouvé pendu dans le grenier.

 

Heureusement, pour moi, mon petit rayon de soleil, à ma demande, ne me parle plus que de ses verts pâturages. Avec cela, au moins, je ne risque pas de faire des cauchemars. Et puis pour tout vous dire, il ne me reste plus que quelques jours avant ma libération.

 

Maridan 9/01/2016



11/01/2016
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