Maridan-Gyres

Maridan-Gyres

Atelier 2 - 2023 - sujet 4

 

L’art de passer inaperçu

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Je l’ai appris comme ça, presque par hasard... je ne m’y attendais pas, mais pas du tout... Tout avait l’air en ordre... une simple routine... Peut-être que j’aurais dû être plus attentive, remarquer à certains détails qu’il se passait quelque chose... mais je n’ai rien vu...
Donc ce jour-là on m’a dit que c’était chose courante de nos jours, qu’un intrus semblait s’être introduit sans accord préalable et squattait chez moi en quelque sorte !... On supposait que ce malfaiteur avait dû profiter d’une de mes absences pour s’incruster comme ça, discrètement, mine de rien... j’ai été offusquée ! « Mais il y a violation de domicile ! Pourquoi chez moi ?...». Je me croyais protégée, blindée, je croyais que je ne risquais rien... On pense toujours que ça n’arrive qu’aux autres ! On croit toujours être à l’abri...


Vous savez, si on le laisse faire, au bout de quarante-huit heures, un squatteur vous ne pouvez plus l’expulser ! Il est à l’abri, bien au chaud, sans la moindre crainte, il vous nargue, il se croit tout permis, il s’empare de votre vie privée, fait de chez vous son chez lui ! Il s’habitue à ce petit nid douillet et là, impossible de le déloger ! Heureux, et sans aucun scrupules! Rien n’est assez beau, il en veut toujours plus ! Il n’a aucune honte, il vous accapare, vous vampirise, il saccage votre intérieur, le détruit à petit feu, vous martyrise.... Il fait durer le plaisir, sans aucune pitié... un vrai sadique qui vous pille et tente même parfois de vous trucider ! Oui, il peut vraiment vous faire subir un triste sort ! On ne peut s’attendre à ce qu’il quitte les lieux facilement alors il faut taper fort et immédiatement !


Mais revenons à mon envahisseur... Cela restait à confirmer. Il a fallu investiguer, histoire d’en avoir le cœur net... et c’est maintenant chose faite. Il s’agit bien d’un squatteur. Il n’est donc pas question d’accepter qu’un intrus continue à prendre ses aises et à se croire tout permis... Il faut agir vite et si nécessaire prendre des dispositions pour remédier à cet état de choses, même si je sais que ce genre d’affaire peut durer longtemps...


Ce squatteur me préoccupe... Il s’est insinué tout doucement, ce parasite, ce sans-gêne ! Il est comme un de ces lierres qui s’enroulent autour d’un arbre et l’épuisent, puissant mais dépendant. Même pas invité, sans aucune finesse, il semble me dire « pousse-toi de là, que je m’y mette ! »... Si ce petit Attila brut de décoffrage croit me faire trembler, me terroriser, m’empêcher de respirer, c’est mal me connaître ! Il croit sans doute que je vais abdiquer, lui laisser toute la place, lui permettre de vivre à mes dépens... Mais il a mal choisi son hôte, ce squatteur. Il est tombé sur moi, je suis une dure à cuire ! Ma première réplique est animale, épidermique, instinctive, je lutte pour mon bien. Je n’ai pas l’intention de me laisser impressionner, encore moins de l’héberger à titre gratuit ! Ça non ! Je veux avoir la paix chez moi ! Il croit qu’il va me vandaliser ? C’est moi qui vais lui en faire baver! Il va regretter d’être entré chez moi par effraction !


Et puis avec les jours qui passent les choses changent... petit à petit... je m’habitue à cette présence, à cet étranger, à ce péril en ma demeure... Bien sûr, je refuse toujours d’accepter qu’un inconnu fasse sa loi chez moi. Mais, le sachant violent et dangereux, plutôt que de me le mettre à dos, plutôt que de le blesser, de l’irriter, de l’inciter à la haine, je vais tenter de déjouer ses plans dévastateurs, d’entamer une sorte de conciliation pour l’avoir à l’usure. Transformer ce duel en banal tête à tête, préférer une sorte de lointaine indifférence, me paraît moins fatigant et surtout plus judicieux. Le squatteur ne sera jamais mon invité, ça il le sait. Il est au mieux un colocataire indésirable, un profiteur, un opportuniste... Je m’en tiens éloignée, je l’ignore, je ne lui donne plus aucune importance, je le traite par le mépris... Je ne perds plus mon temps à vouloir le mettre dehors. J’ai changé de stratégie. J’ai toujours l’intention de mettre fin à cette occupation illégale et à cette situation fusionnelle importune pour enfin vivre ma vie sans lui ! Oui, bien sûr et plus que jamais ! Alors ma porte lui est ouverte et il peut partir d’un jour à l’autre et ne jamais revenir ! Je l’aurai à l’usure, je crois que c’est lui qui va finir par se lasser ! C’est la meilleure tactique pour arriver à mes fins sans trop me fatiguer...


Ah ! Je voudrais pouvoir lui dire : « Fais-moi faux-bond, trompe-moi, laisse-moi tomber, fais ta vie !... En tout cas je le pense très fort ! Alors peut-être qu’il finira par en avoir assez de mon manque d’intérêt, de se voir relégué aux oubliettes... Peut-être qu’il décidera d’aller voir ailleurs, qu’il s’évanouira et qu’un beau jour je réaliserai soudain qu’il a disparu... un petit squatteur volage, dans le genre petit Dracula doublé d’un Casanova, ça doit bien exister, non ?

 

Alterego



23/01/2023
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