Les mots de Montpellier

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Atelier 13 - 2019 - 1er sujet

Lorsqu’il avait ouvert la porte de la maison parentale, il avait été saisi d’une angoisse terrible. Comment son père avait-il pu sombrer dans une telle déchéance  ? La maison était dans un chaos indescriptible.

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Parti monter un restaurant à Nairobi, six ans plus tôt, il ne voyait plus ses parents que de temps en temps. Chaque année, il leur envoyait un billet d’avion pour passer Noël avec lui. Sa mère était décédée trois ans plus tôt. Il avait proposé à son père de venir le rejoindre, mais il tenait trop à sa maison et à ses souvenirs. Alors ils s’appelaient toutes les semaines et continuaient à se voir chaque Noël.

 

Le coup de fil de sa tante l’avait surpris en plein service. Il avait aussitôt pris l’avion pour rentrer en France. A présent assis devant le bureau paternel, il se demandait comment il allait faire le tri. Déjà deux heures qu’il compulsait les piles de factures, de lettres et de documents divers. C’était un foutoir épouvantable ! Son père était pourtant un homme soigné, organisé ; comment avait-il pu sombrer ainsi et emmagasiner tant de cochonneries ?

 

Après la mort de sa femme, il lui avait raconté qu’il s’était inscrit dans un club pour fréquenter d’autres sénior, mais les petites intrigues mesquines des uns et des autres l’avaient très vite ennuyé !

 

Il préférait être seul que naviguer dans les ornières de ses faux amis qui se tiraient dans les pattes à tout bout de champ. Il y avait bien eu cette jolie quinquagénaire au postérieur bien rebondi qui lui avait tiré quelques sourires et sorties, mais le souvenir de son amour perdu avait tout gâché.

 

Bien que sa femme ne soit plus que poussières, il conservait toujours ses cendres près de lui. Recevoir le récipient funèbre l’avait conforté dans l’idée qu’on était bien peu de choses. Il parlait à son urne, comme si son épouse était toujours là et même quand il appelait son fils, il lui arrivait de lui poser une question.

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Le fils se leva, mit un disque des Rolling Stones sur la platine et devant la jolie photo de mariés de ses parents, il monta le son. Là, perdu au milieu du tohu-bohu, il sourit à l’image figée de ses parents. 

 

« Vous deux, vous voilà réunis, mais moi, je me retrouve face à soixante ans de souvenirs et de fouillis que je vais devoir trier, merci pour ce cadeau. Je vous aime. »

 

Maridan 6/06/19



06/06/2019
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