Maridan-Gyres

Maridan-Gyres

Atelier 3 - 2023 - Sujet 2

 

 

 

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Je  n’ai pas de gri-gri.

 

Pourtant j’aime le gris.

Je crois même qu’il me grise.

Le gris, couleur de souris, adoucit les formes et donne aux autres nuances tout leur éclat et leur brillance, formant sur la palette un écrin de velours à nul autre pareil.
C’est ainsi que se montre le ciel ce matin. Gris.

Les maisons retiennent leur souffle, faisant en catimini échapper de leur cheminée un nuage de fumée, gris.  Il se perd dans les squelettes des bouleaux voisins. Hardis,  les thuyas brillent de leur vert soutenu et abritent quelques oiseaux esseulés.

Deux tourterelles étrangères du quartier se sont posées là, juste devant le balcon. Elles sont fines et leur robe grise fait une tache mobile sur la pelouse encore humide de la nuit. Leur collier noir barrant leur cou délicat, ondule au rythme de leur déglutition. Elles picorent çà et là, déplaçant de cette façon caractéristique les feuilles gênantes pour dénuder et avaler graines oubliées et vermine rampante.

Gris maintenant les gros nuages qui laissent quelques rayons de soleil réveiller le ciel.

Gris les pavés usés des ruelles de ce village aux toits d’ardoises  grises.

Gris les volets que les habitants ouvrent délicatement pour changer l’air de leur logis.

Gris aussi le chat du voisin, glisse sans bruit derrière les taillis limitrophes, as-t-il une idée derrière la tête ? Bien que léger son pas perçu par les volatiles donne le signal du départ. Avec une grande vigueur les deux colombidés se perchent dans le tilleul dénudé. Ouf ! Sauvés,  du moins pour cette fois-ci. Deux grives musiciennes à la robe mouchetée de gris viennent à leur tour prendre possession des lieux. Pas un seul ver de terre n’échappera à leur  bec  incisif et rapide. Le chat ne leur fait pas peur. Non mais !

Gris les flots de la Loire. Membres vivants  du fleuve le plus long de France,  fatigués par leur longue course, déambulant  sans connaitre la vie qui les attend au bout, là-bas, dans cet océan inconnu pour eux, ils  glissent en geignant frigorifiés sur les cailloux gris.
Gris le lac gelé dans les courants d’air au bord de la forêt ;  il emprisonne les morceaux de pain dans sa glace craquante, et les canards aventureux  ont du mal à récupérer leur pitance.


Gris aussi mes cheveux, que les années n’ont pas oublié de délaver. Colorés de bleu pour les adoucir un peu et chasser le châtain qui les jaunit sans vergogne, le gris est là, classant la propriétaire dans la catégorie des gens qui ont du vécu !

Le gris règne aussi sur les tempes de mon mari,

Qui porte le  poids des ans avec bonheur.

Mais le gris perle dans la chaleur du foyer,
Au fond de mes pensées il installe le confort,

Et fait ronronner nos cœurs à l’unisson.

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Les projets sont devenus réalisations,
Le temps  a eu raison des rêves chimériques.
Qu’importe que le gris grise !

Ne lui faisons pas grise mine !

Il n’en aurait que moins d’attrait

S’il nous savait  le dénigrer,

Rangeons gris et grisaille

Et filons voir l’arc en ciel

Qui illumine maintenant tout le ciel.


Shunt. 2023.02.01



09/02/2023
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