Maridan-Gyres

Maridan-Gyres

Atelier 8 - 2021 - sujet 2

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Et après ?

Tranche de vie d’une étudiante en crise

 

Ce texte est écrit à chaud en lisant l’intitulé de l’atelier, sans recul. Oui, c’est moi. Pas un personnage, pas un être fictif. C’est moi. Peut-être voit-on les choses autrement, et je le souhaite de tout mon cœur. Mais c’est ma vérité. C’est ce que le virus et la dégradation de ma santé m’ont fait comprendre. Je suis en train d’ouvrir les yeux.

 

[Musiques qui ont conduit l’écriture de ce texte]

« Where do I begin » – Slash è https://www.youtube.com/watch?v=DNLojo_aHSU

« Dream on » – Aerosmith è https://www.youtube.com/watch?v=syCAX4HcZBU

 

Je me suis rendue compte que ma santé ne tient qu’à un fil, que mes démons enfouis ne sont pas si loin. Que j’ai passé toutes ces années immobiles, passive, à rentrer dans des cases rigides où d’autres voulaient bien me mettre. A être celle sans surprise, un exemple voire un modèle. L’introvertie de service, celle qui s’efface pour laisser sa place. Qui se tait, assise au fond de la classe. Qui, par peur d’être jugée, se laisse oublier. Loyale, aimable, aimante, oui. Mais pas plus. Jamais de vagues. Jamais vraiment à sa place dans ce monde où tous s’imposent, et où même les plus petits se battent.

 

Celle qui prend rarement les devants. Celle qui a trouvé complaisance dans cette situation pendant toutes ces années. Celle qui a eu besoin des autres pour exister. Celle qui a subi un isolement parfois des plus volontaires. Celle qui a failli jeter l’éponge et qui en garde des traces. Celle qui s’est accrochée à des personnes et des souvenirs jusqu’à s’oublier. Jusqu’à garder un masque qui a fini par tomber. Jusqu’à passer des nuits blanches et des jours noirs sans jamais pouvoir avancer. Jusqu’à s’enfermer dans sa tête. Jusqu’à ce qu’elle fasse un pas pour se tirer de là. Et qu’un diagnostic se pose.

 

Tout a une explication. Des crises jusqu’à l’anxio-dépression. C’est à ce moment-là qu’on fait le bilan.

J’ai l’impression d’avoir vécu les vingt-deux premières années de ma vie par procuration.

Et cela ne peut plus durer.

 

Je veux apprendre à me dé-faire, je veux me re-construire.

Dépasser mes propres limites. La situation de l’année écoulée m’a fait prendre conscience que je devais changer. Même avec un masque, je refuse de  continuer de me cacher. Adieu montures épaisses et colorées, je dévoile mon vrai visage avec des lentilles. Je fais tomber une première barrière entre le monde et moi.

 

En psychologie, on appelle cela des coping mechanisms, des comportements pour faire face au stress et aux traumas. Des solutions, en quelque sorte. J’en avais une palanquée. Avec le Covid, j’en ai découvert de nouveaux. Certains plus durables, d’autres ont été inefficaces et temporaires. Ça évolue. J’intègre ces mécanismes de réponse à ce que je veux être ma nouvelle vie. J’ai découvert que je ne peux pas rester immobile indéfiniment. Il faut que je me défoule, que je sorte de la case, que mon cœur s’arrache pour autre chose que de l’angoisse. Marcher et découvrir le monde. 10km minimum, 20 les bons jours. Je me fixe des objectifs. Le mont Aigoual d’ici l’été, quand ce sera possible. Si la crise monte, je vais courir. Ça m’épuise, mais au moins elle sort, et je reste maîtresse de moi-même. Et j’affronte le regard des gens en courant.

 

Sinon, je prends des photos. Comme celle qui illustre la mise à nu de ce texte.

A côté, je pense à mon avenir, à l’après. Aux projets que je vais mener, aux voyages que je veux faire, aux voyages que je vais faire. Aux opportunités que je vais me donner. A tout ce que je vais prendre en main. Dans un futur proche, ou dans un futur plus lointain. Rester cloîtrée m’a donné des envies d’ailleurs qui étaient enfouies depuis longtemps. Je reprends confiance. Je travaille sur moi-même.

 

Le processus de reconstruction est lent, mais c’est pour la bonne cause.

Je veux me montrer qui je suis vraiment. Je ne veux plus me cacher.

Je ne veux avoir besoin de personne, si ce n’est de moi-même, pour m’aimer.

La vie d’après se trouve hors de ma zone de confort.

 

Constance



29/04/2021
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