Les mots de Montpellier

Les mots de Montpellier

atelier du 6/11/2013

 1-    Continuer cette phrase de Fernando PESSOA (en 15 mn) : 

Je suis une trace laissée sur le grain d’une page, je vis au présent, l’avenir je ne le connais pas, le passé je ne l’ai plus. Mais je peux être un souvenir né d’une pensée, d’un désir, d’une émotion... Je me glisse et coule dans les cœurs, je fais vibrer, je fais crier. Mais je peux aussi disparaître, d’un coup de gomme, d’un coup de tête. Sous la plume agile qui me fait naître, je suis le magicien qui apporte du rêve, je me fais écho d’une peine, je parle d’amour, de joie, de haine… Composé ou décomposé, je délivre du bien, du mal ; j’aide l’âme à satisfaire un besoin de confession, d’explication. Multiplié à l’infini, je raconte une histoire, je fais vivre une autre vie, je fais rire, je fais pleurer…   

Je suis le « dit », le « non-dit », je suis le MOT.

 

ORANE

 


 

2-    Vous êtes une parenthèse(en 30 mn) :

 

Il tape frénétiquement sur son clavier, les lignes s’affichent, défilent… et se brouillent. Il est fatigué, sa nuque douloureuse lui rappelle qu’il serait temps de faire une pause. Ses doigts ralentissent, ses yeux se plissent, il a le front moite. Mon heure est arrivée, je suis la parenthèse inattendue, inopinée et bienvenue.

Il se détend, se cale au fond de son fauteuil, il est prêt. Alors, je me glisse en lui, je me love dans sa tête, je répands lentement en lui une suave plénitude. Il sourit, il est bien, le voyage loin de son univers informatique commence. Je le prends doucement dans mes bras, je le berce, je l’emporte et le transporte sur une plage de sable blanc. Un soupir d’aise s’échappe de sa poitrine, je me fais plus présent. Je lui offre le bleu turquoise d’un ciel lumineux, l’or brûlant d’un soleil éclatant. Oh ! il tressaille, l’ombre furtive d’un petit nuage de coton blanc le fait frissonner. Où avais-je la tête ? Allez, ouste, je ne veux pas d’ombre à ce magnifique tableau. Les vaguelettes lui lèchent les orteils, il regarde au loin : une barque rouge se dirige vers lui, quelqu’un lui fait un signe de la main, il y répond. Mais, qui est-ce ? Il ne perçoit qu’une silhouette de femme, serait-ce une sirène ? Des mots indistincts lui parviennent, il ne les comprend pas. Il avance dans l’eau…

Mais le temps passe, je vais devoir m’en aller, me retirer sur mes pointes de velours. Moi, sa parenthèse inachevée, je suis le rêve qui vient, qui va, qui revient et puis s’en va. Je reviendrai…

Il se redresse à présent, se frotte les yeux, se gratte la tête, ah ! le bureau, oui, bien sûr !!!

 

 ORANE


 

3-    Plongez en vous et sortez-en un souvenir lumineux (réel, inventé ou rêvé) -20 mn

 

Ça descend, ça descend à une vitesse vertigineuse. Je suis dans un tunnel, baignant dans une lumière blanche diffuse et je descends, je plonge. Vers où ? Ma tête est pleine de souvenirs qui se bousculent ; je répète mon nom, mon prénom, comme si j’avais peur d’oublier qui je suis.  Et je continue à descendre. Je suis comme aspirée dans un long tube luminescent et je ne me demande même pas où je vais. Je suis bien et soudain, je me sens revivre chaque épisode de ma vie, je vois les images défiler comme sur un écran de cinéma. J’ai l’impression que ma vie a été brève, qu’elle ne tient qu’en quelques minutes !

J’entends des chuchotements autour de moi, mais je n’ai pas envie de savoir d’où cela vient. Au bout du tunnel, au loin, une lumière aveuglante se rapproche, ou plutôt c’est moi qui m’en rapproche puisque je continue ma descente.

Au passage, j’entends des pleurs, des cris de bébé. Mon bébé, mon enfant vient de naître, je suis si heureuse ! Mais déjà, il va à l’école. Je dois l’y emmener, nous montons en voiture, je le dépose. C’est mardi, jour de mon cours jazz-dance. Je suis en retard, j’accélère, il a plu, la route est glissante. Et puis le trou noir, et maintenant, cette lumière qui m’appelle au loin, qui m’attire à elle. Mais non, je ne dois pas y aller ! J’ai mal, je bouge un peu, la lumière disparaît.

J’ouvre les yeux, je suis allongée sur un lit, j’ai un tuyau dans le nez, des perfusions au bras, un homme en blouse blanche à côté de moi me sourit. « Tout va bien ! ». Je souris : « Tout va bien ». Je me sentais détendue, apaisée, et j’avais vraiment la sensation d’avoir vécu quelque chose d’inouï, comme une expérience extra - ordinaire.

J’avais emprunté le chemin de la vie après la vie, mais je ne l’avais pas suivi jusqu’au bout. J’avais encore à faire ici.

 

Orane 6/11/2013

    



13/11/2013
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