Les mots de Montpellier

Les mots de Montpellier

l'atelier du 6/11

Je suis une trace laissée sur le grain d’une page, je vis au présent ; l’avenir je ne le connais pas ; le passé, je ne l’ai plus. L’avantage d’être cette trace, c’est que les affres du passé ont disparu. Ils n’alourdissent plus mon pas. Je me suis faite légère pour survoler les tas de singes que j’ai fait tomber de mon dos, et qui aujourd’hui encore, aimeraient de temps en temps arrêter ma course.

 

Ma vie est belle, pleine de découvertes merveilleuses. Cela semble vous étonner, mais que m’importe ! Pour moi, pas de matin gris, que des matins soleil. Un beau jour, la camarde, furieuse de mon mépris pour elle m’a envoyé son ami le crabe. A eux deux, ils espéraient bien me ralentir, m’obliger à les écouter, à les contempler ou mieux encore à me lamenter. Après, ils eussent pu être indulgents ou féroces à leur guise !

 

Mais que nenni, je me ris de ces deux-là et je continue.

 

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Je suis une parenthèse, mais une parenthèse de quoi ?

 

Eh bien, je vais vous le dire ! Je suis une parenthèse culinaire.

 

-          Hein ! Mais qu’est-ce qu’elle raconte ? Cette fois c’est sûr, elle a grillé ses circuits. A force d’avoir toujours du monde, la haut, dans sa tête. Les fusibles ont sauté !

-          Oh ! Mais que vous êtes vilains, non, je n’ai pas grillé. Ma tête fonctionne bien, elle est d’ailleurs sans doute la seule à se porter si bien, dans ce corps diminué qui est le mien Je suis une parenthèse culinaire, tout simplement parce que mon appétit vorace m’a conduit à des excès qui m’ont fait un ventre de bonhomme Michelin. 

Du coup, la voilà la parenthèse, elle s’impose à moi, pour perdre cette hideuse péninsule qui déforme ma silhouette

 

Ah ! Vous ne la ramenez plus, coquins que vous êtes ! Sans doutes eussiez-vous préféré que je vous parlasses de ces moments, ou enfant, je m’isolais d’entre tous, pour chercher en moi les trésors qui me sortaient de l’école hideuse.

 

Certes j’aurais pu vous raconter que lorsque mes parents me collaient au patronage, pour mon bien, je plongeais dans un monde imaginaire, où j’étais l’enfant cachée de quelque reine sombre, qui pour ne pas perdre son trône m’avait confié à ses manants. Je la voyais venir me chercher vêtue d'une longue robe noire ornée de diamants qui scintillaient au soleil. Elle traversait, d'une démarche impériale, la cours de l’école, me prenait la main et me ramenait au château que je n’aurais jamais dû quitter.

 

Eh oui ! Que voulez-vous ? Les rêves des enfants ont ceci de merveilleux que tout leur est permis. Châtier les parents mal-aimants, ignorer les maitres et maitresses vindicatifs, snober ce lieu de l’instruction où les enseignants n’arrivaient jamais à me domestiquer. J’étais l’affreuse, la dissipée, la tête de mule que rien ne pouvait arrêter.

 

Sauf peut-être ce charmant Monsieur Luret qui comprenant qu’avec la manière forte, il n’arriverait à rien, jouait de l’humour avec moi. Totalement sous le charme de cet individu, J’obtins pour la première fois, en toute une vie scolaire, un résultat époustouflant de 19/20 en mathématiques. Prouvant par ce chiffre à tous ceux qui disaient que je n’étais qu’un cancre que les seuls lignards de l’école étaient ceux qui n’avaient pas su capter mon attention.

Ce prof fut mon unique parenthèse de bonne élève dans l’école de la république. A partir de lui, je redevins ce que j’avais toujours été sur les bancs de l’école, une insupportable gamine qui se régalait à faire tourner ses professeurs en bourriques.

 

Bon, ok, vous n’êtes pas encore satisfait ! Ah mais ! Que vous êtes exigeants !

 

Je suis, ce que je suis, disait si bien Prévert, je suis une parenthèse dans ma vie même. Je n’ai pas de passé, je n’ai pas d’avenir, ou si incertain que je ne m’en formalise plus. Ma parenthèse c’est ce présent que je vis à 200 à l’heure. J’écris, je découpe, je peints, je cuisine, j’écoute, je partage mes bons moments, j’isole les mauvais. Je me fais parenthèse de paix dans la vie de qui j’aime. Pour lui, je suis source d’eau lorsqu’il a chaud, moumoute tendre quand il a froid. Clown furieux quand il ne rit plus, main câline quand son corps lui fait mal. Lui, il est ma parenthèse à moi, il est mon oxygène, mon air et mon eau. Je ne vis que pour sentir son regard sur moi et ses mains qui me ramènent à la vie quand tout va mal.

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Un souvenir heureux, parler d’un souvenir heureux c’est forcément parler d’un souvenir lié à ma vie de femme.

 

Et pourtant, j’ai tout de même enfoui au fond de moi, le souvenir éblouissant d’une grand-mère qui fut mon seul et unique rayon de soleil, dans toute mon enfance bafouée.

 

Cette grand-mère passait le plus clair de son temps à la Sauvain, petit village de l’Yonne profonde.

 

Des souvenirs heureux liés à sa présence chaleureuse, j’en ai quelques-uns qui ont pris fin brutalement, le lendemain de mon hospitalisation le 5/04/1971.

 

Ce souvenir est un lieu, où aujourd’hui encore, je me réfugie dans les heures sombres de ma vie. Tout commença ce jour-là, par l’arrivée impromptue de mon oncle, de sa femme, la pimbèche et de leur garce de fille. Ma cousine était pour moi, une mégère, mais la férocité et la cruauté de ses parents vis-à-vis d’elle, expliquaient largement, son attitude détestable envers moi. Tant que j’avais les câlins de ma chère mamy, je me moquais bien des autres. Ce soir-là, nous étions tous réunis autour de la table de la salle à manger pour manger sa bonne soupe de légumes.

Moi, comme d’habitude, je sifflais avec bonheur, l’excellent bouillon. Soudain, sans que je ne sache pourquoi, mon oncle se leva, me prit par le paletot et me monta dans ma chambre.

 

« Puisque tu ne sais pas manger proprement, tu te passeras de repas ! »

 

L’injustice de cette condamnation que je ne comprenais pas, m’arracha de chaudes larmes.

 

Heureusement pour moi, ma bonne fée, ma chère grand-mère, apparut très vite à ma porte avec un gros bol de soupe, du bon pain, un gâteau et surtout, oh miracle ! Une énorme poignée de bonbons.

Elle m’expliqua que cet oncle ne supportait pas les enfants qui font du bruit avec leur bouche quand ils mangent leur soupe. Je trouvai aussitôt que cet oncle était un âne, dans la mesure, où, s’il me l’avait dit, je me serais appliquée à être silencieuse.

Comment aurais-je pu deviner cela, alors que mon père était un vrai cochon dès qu’il buvait de la soupe. Je le revois avec ses grandes bacchantes qui trempaient dans le délicieux liquide et qu’il épongeait à renfort de pain. Et ses bruits tonitruant qui nous amusaient tellement mon frère et moi.

Mais ce qui me toucha le plus, ce fut que ma merveilleuse grand-mère ait bravé l’interdiction du vilain, pour venir m’apporter mon diner, et qu’en sus, elle y ait adjoint, une merveilleuse part de sa tarte aux pommes, et surtout cette grosse poignée de bonbons. Bien trop rare dans ma vie d’enfant.

 

J’étais heureuse et comblée. Mais le plus merveilleux c’est que lorsqu’après avoir tout fini,  je me suis allongée, elle m’a recouverte du somptueux édredon rouge dans lequel je disparaissais complètement et qui me permettait de dormir bien au chaud. Seul le bout de mon nez sortait du lit et ma grand-mère le couvrait de bisous. Cette tendresse a disparu de ma vie beaucoup trop tôt. Le 5/04/1971 au moment, même, où j’avais le plus besoin d’elle, je n’ai plus jamais connu, après cela, le moindre signe de tendresse, j’avais treize ans.



06/11/2013
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