Les mots de Montpellier

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Le quai de Pondichéry - avril 2013

A peine vingt ans, ma nouvelle vie commençait. Seule sur ce quai de  Pondichéry au milieu d’une foule grouillante et bruyante de ce Comptoir des Indes, je l’attendais, toute à la découverte de ce monde exotique après plusieurs longues semaines de voyage maritime.

 

Depuis des mois je vivais exaltée à travers nos échanges épistolaires. D’une lettre à l’autre j’avais découvert sa personnalité, sa sensibilité, ses projets pour nous trois. Son écriture était délicate, fluide, imagée, une invitation à ce voyage aujourd’hui concrétisé.  Les quelques photos qu’il avait glissées dans les enveloppes laissaient deviner sa jeunesse, son élégance, son éducation. Silhouette élancée, épaules larges, il apparaissait plutôt bel homme sur les clichés.

Ses questions et propositions étaient des plus explicites. Pour s’établir en Inde et faire prospérer son exploitation, il lui fallait un statut marital digne de son rang dans la bonne société coloniale.

Pour ma part, fille mère, il me fallait réparer le déshonneur infligé à ma famille.

 

Aussi,  j’étais là, tendue, inquiète de son retard, et m’efforçais de ne pas paniquer assise sur mes valises face à ces heures chaudes et interminables.

Pourquoi n’était-il pas là au rendez-vous ?

Que s’était-il passé ?

Avait-il eu un contretemps ?

C’est alors que je le reconnus sortant d’une rutilante Renault Colorale. D’un pas assuré, sourire aux lèvres, il se dirigeait vers moi. C’était bien lui, tel que je l’avais imaginé. Mon cœur battait la chamade.  Plus que quelques mètres nous séparaient.

Il posa chaleureusement la main sur mon épaule et … subitement … se transforma en un vieillard tremblant et vouté.

Une sueur froide me traversa le dos, l’émotion était trop forte, je m’évanouis …

 

… et me réveilla en sursaut sous ma couette.

C’était encore l’un de ces cauchemars qui hantaient chacune de mes nuits.

Qu’ai-je à comprendre de ces scénarios nocturnes ?

Attendre qu’une tierce personne vienne me secourir est illusoire et puéril.

Il est grand temps que je me réveille pour moi et pour mon enfant, et que je reprenne ma vie en main.

La nuit est si bonne conseillère !

 

Nadège



06/08/2013
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