Les mots de Montpellier

Les mots de Montpellier

Les mots de Montpellier – atelier N°1 – 2017

Sujet 1

 

“C’était un petit mur de pierres. Depuis combien de temps était-il là ? Qui l’avait bâti ? Et dans quel but ? »

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À chaque fois que j’empruntais ce chemin et que je passais devant lui, les mêmes questions revenaient sans cesse. Pourquoi cela a-t-il été différent ce jour-là ? Je l’ignore encore, toujours est-il que partie pour pique-niquer dans les bois avec une amie, je décidais de nous installer près de lui.

L’herbe était bien verte, grasse à souhait et elle nous offrait un tapis moelleux. L’odeur des bois tout proches me réjouissait.

 

Après avoir installé notre plaid, nous avons mangé avec plaisir notre salade composée, notre fromage et deux belles pommes rouges et bien sucrées que nous avions cueillies en venant. Nous parlions de tout et de rien, comme le font souvent les amies qui se retrouvent. Mon amie me raconta comment elle avait rencontré un garçon charmant qui lui plaisait beaucoup. Le bon déjeuner, suivi de son babillage, eut raison de moi et je sombrai dans un profond sommeil.

 

Lorsque je m’éveillais, un peu plus tard, Lucie avait disparu ainsi que les vestiges de notre repas. Moi qui porte toujours des pantalons, j’étais vêtue d’une robe longue coupée dans un tissu très épais bleu et blanc. Si cet accoutrement me surprenait, que dire du fait que ma taille et ma poitrine étaient engoncées dans un carcan qui m’empêchait de respirer normalement ? Me mettre debout me demanda un effort incroyable.

 

Enfin levée, je m’aperçus que ma robe était monumentale et très lourde. Je m’emmêlais les jambes dans des jupons très inconfortables. Qu’est-ce que je faisais là, attifée comme autrefois ? J’avais de plus en plus de mal à respirer et marcher me demanda des talents d’équilibriste tant les petites bottines que je portais étaient impropres à la marche. Je ne cessais de me tordre les chevilles.

 

Où diable étaient passés mes baskets et mon jean ? Qui m’avait déguisée ainsi ? Soudain, je stoppais, j’en avais assez. J’étais revenue  à mon point de départ près du mur et surprise, je constatais que celui-ci avait retrouvé son lustre d’antan. Il était debout et en parfait état. Deux gamins étaient assis dessus et chantaient à tue-tête. Quand ils m’ont aperçue, ils sont partis en courant.

 

Pourquoi avaient-ils eu peur de moi ? Est-ce que mon visage aussi avait changé ? Je commençais à avoir peur. Je pris le chemin du retour. Je ferai le point en arrivant chez moi. Ma maison n’était pas loin. J’appellerai Lucie et elle me dirait surement ce qui s’était passé. Sauf qu’arrivée à l’orée du bois, ma maison et tout le lotissement avaient disparu. À leurs places, un grand champ de blé ployait sous le vent qui s’était levé. Je vivais un cauchemar.

 

J’aperçus un homme qui venait vers moi  en parlant.

 

-          Et bien ma chérie, que fais-tu là ? Je commençais à m’inquiéter. Tu as disparu depuis des heures.

-          Vous me connaissez ?

-          Tu es tombée sur la tête ? C’est cela ! Tu as mal quelque part?

-          Non, je vais bien. J’ai suivi deux gamins qui se sont enfuis en me voyant. J’ignore pourquoi je leur ai fait peur.

-          Tu m’étonnes ! ces deux chenapans ne cessent de démolir les murs que je mets des heures à bâtir pour retenir la terre du champ. Si cela continue aux prochaines pluies, tout le terrain va descendre dans le chemin. Si j’attrape ces garnements, ils auront mal aux fesses, c’est moi qui te le dis.

-          C’est vous qui bâtissez ces murs ?

-          Oh la, la, ma chérie ! Tu m’inquiètes. Viens rentrons, je vais appeler le docteur. Et puis arrête de me vouvoyer cela me met mal à l’aise. Tu sais bien que ces murs sont vitaux pour conserver la terre dans notre champ. Si ces garnements continuent, la terre finira par disparaitre sur le chemin et nous ne pourrons plus rien cultiver. Tu as l’air épuisée et tu es toute blanche.

 

Il se pencha sur moi pour m’embrasser et je perdis connaissance. À mon réveil, Lucie me regardait avec inquiétude.

 

-          Allons réveille-toi, la marmotte !

-          Lucie ! Oh, ma chérie, tu es là.

 

Je sautais au cou de mon amie. Je portais à nouveau mon jean et mes baskets. Je respirais avec bonheur à pleins poumons. Le mur était de nouveau effondré et la vie me semblait très belle tout à coup.

 

-          Je viens de faire un horrible cauchemar. Tu n’as pas idée.

-          Si, je veux bien te croire, tu m’as giflée, ma belle ! Je suis désolée ma puce. Viens quittons cet endroit maudit, j’en ai encore des sueurs froides.

 

Caché derrière le mur, un fantôme sourit malicieusement. « La curiosité est un vilain défaut », une fois encore, il venait d’en faire la preuve.

 

Maridan Lundi 17 janvier 2017



21/01/2017
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