Les mots de Montpellier

Les mots de Montpellier

Suite et fin de la curiosité est un vilain défaut

Début de la mini pièce de théâtre :  1er acte

 

Acte 1 – scène 3

 

La lumière est revenue, l’ascenseur et Marika ont disparu, il se retrouve dans son laboratoire. Sa machine à voyager dans l’espace-temps est là, intacte. Ses collaborateurs le pressent de questions. Sa machine avait très bien fonctionné avec l’agrafeuse. Il avait réussi à l’envoyer ailleurs. Où il l’ignore, mais ensuite, elle était revenue. Il se souvient de ses heureux moments fêtés avec Marika et son équipe.

Lucien, son assistant l’interroge une nouvelle fois :

 

-          Patron vous ne devriez pas tenter l’expérience sur vous. Mathias est volontaire. Il n’a pas d’enfant, pas d’épouse, il ne manquera à personne à part à nous. Que se passera-t-il si vous ne revenez pas ? Le laboratoire sera fermé et tous nos travaux seront classés aux oubliettes.

-          Et bien ! Merci pour votre confiance. L’agrafeuse n’a pas eu la moindre modification. Pourquoi en serait-il autrement pour moi ?

-          L’agrafeuse ne vit pas, c’est un corps simple.

-          Cessons de parler pour rien. Je suis responsable de ce projet, c’est à moi de prendre les risques.

Il se retrouve une fois de plus dans le noir. Puis la lumière revient et il est dans sa machine, prêt à partir. Il veut quitter la capsule, mais le compte à rebours à commencer. Il appuie sur tous les boutons en vain rien ne change. À nouveau la lumière s’éteint. Il ferme les yeux.

 

Quand il les ouvre, il est sur une terre gelée. Tout autour de lui, aussi loin que son regard se pose, tout est blanc. Devant lui, dans la glace l’empreinte de son agrafeuse, figée. Comme si elle avait fait fondre la glace à son arrivée ici.

 

-          Super ! Je suis vivant. Donc cela fonctionne bien. Tiens, je n’ai rien sur le GPS. Pourtant je respire normalement. Je dois être sur terre, mais où ? Pas de réseau. Zut, le téléphone lui aussi ne fonctionne pas.

 

Il essaie de regarder le ciel, mais avec ces nuages, il ne voit rien. En plus il fait un froid glacial. Il commence à se dire qu’il va geler sur place. Vite il retourne à la capsule, ferme la porte et actionne le système de mise à feu.

 

Il revoit en un éclair, l’explosion, son corps qui explose en mille morceaux. Pas de douleur, juste le regret infini de ne pas voir grandir son fils à venir. La lumière s’éteint à nouveau

 

Acte 2 – scène 1

 

Sa femme et son fils sont en grande discussion.

 

-          La salope ! Cette trainée est en cloque de ton père.

-          Maman ! Tais-toi, on pourrait t’entendre.

-          Je m’en tape ! Cette immonde pourriture lui a fait un gosse. Ta sœur et toi devriez partager votre héritage avec ce futur bâtard. C’est hors de question, je vais me battre pour rejeter cette morue sur le trottoir qu’elle n’aurait jamais dû quitter.

-          Maman ! As-tu entendu ce qu’a dit le notaire ? Tu ne peux rien y faire, papa avait pris ces dispositions, pour qu’en cas de problème, elle et son enfant soient à l’abri. Mélanie hérite du chalet de Megève et son enfant d’un tiers de ses biens. Idem pour nous.

-          Je ferai sauter ce maudit chalet plutôt que de voir cette arriviste y entrer.

-          Ça suffit, maintenant ! Tu vas te calmer ! Il nous reste suffisamment de propriétés à nous partager. Nous ne manquerons de rien. Et puis ce sont les dernières volontés de papa !

-          Ah le brave môme ! Je savais que mes mômes comprendraient... Mais cette mégère, je suis bien content de la voir fulminer comme cela.

-          Qu’en pense  ta sœur ?

-          Elle a préféré ne pas venir. Elle savait que papa avait une liaison, car elle les avait vus au restaurant. Elle ne voulait pas voir ta réaction.

-          Pourquoi ne m’a-t-elle rien dit ?

-          Elle voulait te protéger, elle pensait que cela lui passerait.

-          Je laisserai les frais des funérailles à sa charge, car si c’est moi qui m’en occupe, il ira dans la fosse commune ce chien !

-          Ne t’en fais pas maman, le laboratoire prend tout à sa charge. Ils se sentent responsables.

-          Grand bien leur fasse. Bon je te laisse, j’ai besoin de changer d’air. Je n’irai pas à l’enterrement de ce tas de viande.

-          Maman, comment oses-tu ?

-          Quoi ? C’est bien ce qu’il est. On a juste retrouvé, une main, un pied, un bout de crâne et sa boite à outils.

-          Arrête, maman, tu es sinistre !

-          Oh pardon ! N’empêche que ce saligaud a eu ce qu’il méritait… Il a fini en confettis.

 

La mère s’éloigne en bougonnant. Un sourire mauvais éclaire son visage coléreux.

 

-          Si tu savais pauvre imbécile que c’est moi qui aie saboté sa foutue machine, tu ferais moins de manières. Aussi faux cul que son père ce petit con !

 

La lumière s’éteint.

Acte 2 – scène 2

Retour dans l’ascenseur

 

-          Ah la garce ! C’est elle qui m’a assassiné. Je savais bien que ma machine était fiable. Elle ne s’en tirera pas aussi facilement. Comment Diable vais-je pouvoir me venger ?

 

À peine a-t-il dit ces mots que quatre clones de lui apparaissent.

 

-          C’est quoi ce délire ?

-          Et bien, tu m’as appelé.

-          Jamais de la vie !

-          Jamais de la vie ! Comme c’est amusant de dire cela pour un mort !

-          C’est quoi ce cauchemar ?

-          Salut, je suis ton crâne ! dit le premier lui

-          Bonjour, je suis ton pied ! dit le second,

-          Coucou, je suis ta main ! réplique le troisième

-          Et moi, Filou, je suis tes testicules ! Pas sympa ta mégère, elle t’a réduit à un tas de confettis.

-          C’est fait ! Je suis devenu maboule.

 

Mais non ! Quand ta machine a explosé, les laborantins ont ramassé les bouts de toi qu’ils ont trouvé. Le reste avait été vaporisé. Je n’ai pas besoin de plus pour t’aider à te venger. C’est bien toi qui voulais te venger, je ne me suis pas trompé ?

 

-          Montre-toi ! Qui es-tu ?

-          Certains m’appellent Lucifer, d’autres Belzébuth, ou encore Satan, enfin, selon les pays j’ai des tas de noms. Toi, tu peux m’appeler comme tu veux. Dis-moi, est-ce que tu aimes mon cadeau ?

-          Ton cadeau ! Mais c’est un cauchemar ! Qui a envie de se voir en 5 exemplaires ?

-          Grâce à moi, te voici doté du don d’ubiquité. Tu peux être partout où tu en as envie. Sympa, non ?

-          C’est effrayant, mais comment saurais-je où se trouvent mes doubles ?

-          Il te suffira de penser au bout de corps qu’ils représentent. Imagine la tête de ta femme quand tu vas réapparaître. Coucou chérie, surprise !

 

Un sourire sinistre se dessine sur le visage de l’ancien ange.

 

-          Oh oui ! J’imagine bien sa tête. Je vais la tourmenter jusqu’à la rendre dingue. Mais il en reste trois.

-          Tu pourrais en mettre un près de Marika.

-          Tu es cruel, ma douce Marika n’est plus.

-          Tu ne m’écoutes pas ! Ici pas d’espace-temps comme sur la Terre. Si je veux, elle vit… Ou pas ! Alors, qu’en penses-tu ?

-          J’y retourne en courant.

-          Quel morceau, veux-tu y envoyer ?

-          Mes testicules bien sûr. Je n’imagine pas les utiliser avec ma mégère cela lui ferait trop plaisir.

-          Et pour elle, quel morceau ?

-          Mon pied au cul, je m’en réjouis d’avance.

-          Et les autres ? Où vas-tu les mettre ?

-          Je l’ignore.

-          Laisse-moi faire, cela va m’amuser. Tu pourrais en placer un près de tes enfants et l’autre près de ton banquier.

-          Mon banquier ! Pour quoi faire ?

-          Tu n’as pas envie de savoir ce qu’il pense de toi ?

-          Oh lui, il m’adore ! On jouait tous les samedis au golf. On s’est même payé quelques jolies call-girls ensemble.

-          Un bon copain alors !

-          C’est ça.

 

Une fois encore la lumière s’éteint.

 

Acte 2 – scène 3

 

La lumière revient et notre ange est dans une chambre qu’il connait bien puisque c’est la sienne. Dans le lit, sa femme et son copain, le banquier, vivent un moment très, très chaud.

 

-          Oh ! La morue. Elle ne respecte rien.

-          Attends ! Le meilleur reste à venir.

-          Tu es certaine que les flics ne trouveront rien ?

-          J’en suis sûre. J’ai juste dévissé un boulon sur sa satanée machine. Lui l’aurait vu de suite s’il avait vérifié, mais il avait une confiance aveugle en ses collaborateurs. En plus, j’ai attendu que tout le monde soit parti. Puis je suis retourné au laboratoire avec son passe. Donc si les flics vérifient, ils trouveront la trace de son passage de nuit. Pas la mienne, je portais des gants. Ni vu ni connu, je t’embrouille. Le crime parfait.

-          Tu es douée ma chérie ! Rappelle-moi de ne jamais te décevoir. Avec son assurance vie, nous allons avoir une belle vie. Quelle somme t’ont promise les assurances ?

-          Cinq millions d’euros. Tu as été de bons conseils.

-          Quel con, quand même ! Plus fat que lui c’était difficile. J’ai joué l’ami idéal pendant cinq ans. Heureusement que tu étais là pour me soutenir. Au club, personne ne le supportait. Toujours à parler de ses travaux. Il était nul sur le green et ça nous rendait fous. Il nous tapait sur les nerfs, et bien sûr, il ne voyait rien.

-          Idem à la maison. Sorti de ses travaux, c’était un légume. Pas de passion, pas de loisirs. Il n’a même pas vu ses enfants grandir. Alors, penser que cette poufiasse va avoir une part du fric, c’est impossible. Elle aussi on va la buter, mais il faut être malin. La succession doit être signée dans deux jours, il nous reste peu de temps pour agir.

 

Acte 3

 

-          Ah que je m’amuse, que c’est drôle ! C’est si facile de se jouer des humains. Par quoi vais-je commencer ?

-          Occupe-toi du banquier, moi je m’occupe de la morue. Pas question qu’elle touche un seul centime de mon héritage.

-          Que veux-tu que je lui fasse à ton grand copain ?

-          Fais-le griller.

-          Oh, mon cher ami, tu me réjouis, quel beau diablotin tu fais là !

 

À peine le diable a-t-il dit cela que l’ange se met à sautiller.

 

-          Aïe, aïe, aïe ! Mais qu’est-ce qui m’arrive ?

-          Le feu s’empare de toi.

-          Je ne comprends pas, je suis un ange.

-          Ah oui ! N’est-ce pas toi qui as demandé tout cela ?

 

Devant les yeux médusés de l’ange, son ami le banquier apparaît, il se consume dans les flammes en hurlant d’horreur à sa vue.

 

-          Maudit sois-tu ! crie-t-il avec force.

-          Il me voit ?

-          Bien entendu.

-          Aïe ! C’est terrible, je brûle.

-          Cesse donc de gémir, ce ne sont que tes ailes qui crépitent.

-          Mes ailes ! Pourquoi brûlent-elles ?

-          L’enfer a un prix que tu commences à payer. Ici tout vœu se paie cash !

-          Cela veut dire que je ne peux plus faire marche arrière.

-          Tu as tout compris !

 

Le rire sinistre du diable s’élève. L’ange réalise enfin que son vœu barbare lui coûte très cher. Aussitôt, il renonce à sa vengeance contre sa femme. Il ferme les yeux espérant voir ses enfants, mais rien ne vient. Il se souvient alors des paroles du diable.

 

-          Je souhaite voir mon crâne.

 

Le voilà près de ses deux enfants qui pleurent et se consolent mutuellement.

 

-          Maman est affreuse, je ne la comprends pas. Heureusement que tu n’es pas venu, c’était terrible. Pauvre papa !

-          Oui, moi aussi, je comprends ce qu’il cherchait près de cette autre femme. Nous prendrons soin d’elle et de son petit, qu’en penses-tu ?

-          Tu as raison. Maman n’a pas besoin d’être au courant. Après tout ce sera notre petit frère.

 

Mes enfants sont bien plus humains que nous. Mon dieu, mais qu’ai-je fait. Je mérite mon sort. L’ange déchu se morfond devant le diable furieux que la moitié de la vengeance ait disparu. La lumière s’éteint à nouveau

 

Épilogue

 

La lumière est revenue. Saint Pierre le regarde en souriant

 

-          Alors mon ami, as-tu aimé ce qu’il y avait derrière cette porte ?

-          Oh non ! Quelle horreur ! Comment est-ce possible, par quel miracle ai-je pu revenir près de vous ?

-          Tu t’es repenti.

-          Mais par ma faute un homme est mort.

-          Quand un diablotin se repend, sa faute est effacée. Ton ami banquier est toujours en vie.

-          Malheureusement pas ma douce Marika !

-          Qui sait ?

-          Je l’ai vue morte. Elle si douce, si bonne.

-          Qu’as-tu retenu de ce voyage en enfer ?

-          Que l’enfer c’est de tout savoir. Certaines choses doivent rester dans l’ombre. Je suis tout de même heureux de savoir que mes enfants sont de braves mômes. Tu as entendu ? Ils étaient prêts à aider Marika. J’ai commis bien des erreurs, n’est-ce pas ?

-          Ne sois pas trop dur envers toi-même. Tous les anges doivent accomplir un chemin. Tu as parcouru un bout de route. Dans tes prochaines vies, tu seras un homme plus avisé.

 

Contrairement à toute attente, ses ailes ont repoussé. Plus jamais l’ange n’a demandé à visiter l’enfer, il avait compris que « l’enfer c’était de tout savoir ! »

 

Maridan 25/08/2015



03/09/2015
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