Maridan-Gyres

Maridan-Gyres

Atelier 13 - 2022 - sujet 6 réinterprété

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Lise a douze ans. Elle est arrivée depuis quelques mois à l’orphelinat. Une nuit de pleine lune, elle est réveillée par un choc sur la vitre du dortoir. Autour d’elles les autres filles dorment, elles n’ont rien entendu. Lise se lève doucement et approche de la fenêtre à deux pas de son lit. Derrière le verre brumeux, elle découvre un oiseau blessé sur le rebord. Elle ouvre la fenêtre, le saisit doucement et le glisse au creux de son bras. L’oiseau tremblant de froid semble très affaibli. Délicatement elle le dépose sur son lit au creux de la couverture et l’inspecte : son aile semble mal en point. Ne pouvant rien faire de plus sans réveiller les autres, elle l’installe au chaud contre elle et finit par s’endormir.

 

Le lendemain matin, elle est réveillée par les chuchotements des filles de son dortoir. Elle ouvre les yeux et les découvre autour d’elle. Entendant les petits couinements de l’oiseau, elles ont approché et ont découvert le volatile. Dans un instinct protecteur, Lise le sert contre elle et, face à leurs questions, leur explique timidement comment elle l’a trouvé et dans quel état il se trouve. Les fillettes, touchées par la détresse de l’oiseau et reconnaissantes envers Lise de l’avoir sauvé, témoignent chacune leur tour leur compassion pour ce beau geste. Lise est étonnée de leur réaction, elle qui ne leur a quasiment pas adressé la parole depuis son arrivée.

 

Depuis le premier jour, elle était restée distante avec elles, aussi bien en classe qu’au réfectoire ou dans le dortoir. Elle s’était installée sans rechigner dans le lit qui lui avait été attribué, tout au fond de la pièce, et dont personne ne voulait à cause de la fenêtre toute proche qui laissait passer l’air froid de l’hiver. Mais Lise avait apprécié cette place isolée qui ne lui imposait qu’une seule voisine à qui elle tournait bien souvent le dos, et qui lui permettait de voir le ciel ou la cime des arbres à travers les persiennes. Le soir, elle repensait souvent à sa grand-mère qui l’avait élevée après la mort accidentelle de ses parents quand elle avait trois ans. La vieille dame lui avait appris à reconnaître le chant des oiseaux et à les différencier. Maintenant qu’elle était partie à son tour, Lise se sentait plus que jamais seule, mais aimait écouter les sifflements et autres roucoulements qui lui rappelaient ces bonnes années.

 

Entendant au loin le bruit des pas de la surveillante dans l’escalier, les fillettes se hâtent d’élaborer un plan pour soigner l’oiseau sans se faire repérer. Il est convenu que Lise resterait au dortoir pour le surveiller, pendant que les autres trouveraient de quoi le nourrir et le soigner.

 

C’est ainsi que dans la journée, l’une d’elle subtilise une caisse à légumes vide dans le garde-manger, une autre quelques serviettes à la blanchisserie, et à l’heure du déjeuner, toutes glissent quelques morceaux de pain dans le fond de leur poche. Lise, elle, a prétexté qu’elle était malade pour rester auprès de l’oiseau. La surveillante, trop occupée à gérer deux groupes de filles ce jour-là, n’y a vu que du feu. Le soir venu, les fillettes réunissent leurs trouvailles et confectionnent un nid douillet pour l’oiseau dans la caisse qu’elles glissent sous le lit de Lise. Puis doucement, elles lui tendent les morceaux de pain qu’elles ont récoltés pour lui donner la becquée, et cela également les deux soirs suivants.

 

Trois jours plus tard, Lise, qui a dû retourner en classe avec ses camarades, s’échappe discrètement au dortoir le temps d’une récréation, et est surprise par le bruit d’un battement d’ailes en ouvrant la porte. Le volatile la toise depuis le haut de l’armoire au centre de la pièce. Comprenant qu’il est totalement remis de sa blessure, elle referme vite la porte et se dirige vers sa table de nuit pour y récupérer quelques miettes de pain laissées dans le tiroir. L’oiseau, attiré par la nourriture, se pose sur son bras et picore doucement au creux de sa main. Doucement, elle le prend et le remet dans la caisse qu’elle prend soin de couvrir d’une serviette qu'elle coince sous la caisse.

 

Le soir venu, à leur retour au dortoir, elle raconte à ses camarades son constat de l’après-midi. D’un commun accord, elles décident toutes de relâcher l’oiseau avant que celui-ci ce ne les fassent repérer. L’une d’elle ouvre la fenêtre et Lise dépose le volatile sur le rebord. Il prend quelques secondes, puis finit par s’envoler au-delà des arbres qui délimitent le parc de l’orphelinat. Les jeunes filles se réjouissent et se félicitent d’avoir réussi leur mission de sauvetage sans alerter les surveillantes.

Ce soir-là, Lise se couche soulagée et apaisée. Grâce à cet oiseau, elle a découvert des camarades gentilles et bienveillantes, contrairement à ce qu’elle pensait à son arrivée. Dans sa tristesse et sa crainte de cette nouvelle vie, elle n’avait pas voulu voir leur bon côté et les avait même parfois mal jugées. Désormais, elle se promet de faire des efforts pour leur parler plus souvent et participer à leurs jeux. Elle s’endort en souriant, ne pouvant s’empêcher de penser que cet oiseau est un signe de sa grand-mère pour l’aider à s’intégrer.

 

Lizzie



06/09/2022
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