Les mots de Montpellier

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Atelier 15 - 2020 - sujet 2

 

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LA COSMETIQUE CULINAIRE

 

Je me suis éveillée ce matin mue par le désir de résoudre sans délai le problème capillaire que j’ai abordé avec vous dans mon dernier texte.

Encore dans mon lit, j’ai saisi mon ordinateur et recherché des tutoriels me permettant d’apprendre à transformer cette mousse fantaisiste en un halo rayonnant.

Pas plus tard qu’hier mon mari ne se réjouissait il pas, d’avoir trouvé sur la toile une vidéo lui ayant permis de changer seul les plaquettes de freins de sa voiture. Alors pourquoi n’y trouverai-je pas moi aussi, la solution miracle à mon problème !

 

Après deux ou trois tentatives sur des sites peu intéressants, je suis littéralement envoutée par Kallinka.

C’est une jeune femme Sri Lankaise, sublime à la chevelure abondante à qui je ne ressemble hélas en rien, il faut en convenir.

Je me suis, toutefois, laissée appâtée par ses cheveux quelques peu abîmés lors d’une coloration et c’est sans aucune jalousie, où si peu, que j’ai suivi, bloc-notes à la main ses conseils bienfaisants.

Nous commençons ensemble la phase de détoxification.

 

Je déplore aujourd’hui l’inconsciente ignorance qui m’a poussée à me mettre en danger en utilisant pendant des années un shampoing à base de produits de synthèse, tout simplement  issu du commerce !

 

Avec Kallinka, tout est naturel, hormis peut-être sa poitrine, son nez…Silence ! Petite voie lucide et médisante !

La session comporte un gommage au sucre de canne et à l’huile d’olive. Je sens le tout filer entre mes doigts et se répandre un peu partout autour de moi. Plus je frotte énergiquement pour évacuer de mon crâne les produits chimiques, plus ma salle de bain ressemble au laboratoire culinaire huileux d’un candidat de « cauchemar en cuisine » !

Je compacte ensuite sur mon crane un amalgame de yaourt et d’argile auquel s’ajoute bien sur une petite giclette d’huile.

J’enfile une charlotte sous laquelle je dois patienter une trentaine de minutes.

Pour l’instant, je ressemble davantage à la pensionnaire d’un service de gériatrie qu’à la créature de rêve vers laquelle je voulais tendre.

L’huile commence à dégouliner sur mon visage, donnant un prétexte à mon ado effaré pour décliner un baiser lorsqu’il pointe le bout de son nez hors de sa chambre.

S’ensuit le shampoing : œufs, rhum, citron et bien sur, huile.

 

Au final, tandis que sur l’écran, la belle métisse caresse ses boucles avec bonheur, devant mon miroir, je décroche un à un, avec une amertume naissante, les grumeaux alimentaires coincés dans les miennes.

Enroulés sur ses derniers conseils sur le sommet de ma tête, mes cheveux ressemblent plus à un Churros juste sorti de la friture qu’au panache dont je rêvais.

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D’un regard, je fais la synthèse de la situation et des reliefs alimentaires éparpillés près du lavabo et l’évidence s’impose, dimanche prochain avec les mêmes produits, je ferai un gâteau !

 

Clarinette



24/10/2020
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