Les mots de Montpellier

Les mots de Montpellier

Atelier 2 - 2019 - 3ème sujet

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Illustration qui a inspiré ce texte issue du travail de l'excellent :   Tommy Ingberg

 

Qu’est-ce qui m’a conduit dans les bras de cet arbre ? Enfant, je rêvais souvent de mourir pour échapper au désespoir qui me broyait le cœur, mais le courage ou les opportunités m’ont manqué.

 

J’ai grandi. J’ai réussi à survivre dans cet environnement hostile, mais aussi à la jungle de l’école laïque, aux emplois de manœuvres soumis au machiavélisme de patrons tyranniques, caractériels ou malhonnêtes.

 

Un jour, j’ai tout plaqué et je suis parti seul, sans ami et sans famille. Aux yeux de ceux que je croisais, j’étais invisible et cela me convenait parfaitement. Moi, je les observais de loin. Je voyais leur monde inutile, futile et eux victimes du consumérisme, et j’en avais la nausée. C’était cela vivre !

 

Quelques femmes ont tenté de me ramener « dans le droit chemin, » mais sans succès. Un soir, où tout me semblait vain, j’ai supplié un vieil arbre de me donner la force d’en finir. J’avais tout préparé J’avais endossé mon plus beau costume, une chemise immaculée et un chapeau trouvé à un arrêt de bus. J’avais sorti tout l’argent qu’il restait sur mon compte bancaire et je l’avis envoyé à mes parents avec une petite carte qui portait la mention : « pour solde de tous comptes. »

 

J’avais attaché une corde sur la plus haute branche et je m’étais couché au pied de l’arbre. Apaisé à l’idée d’en finir, je m’étais endormi.

 

Et me voilà, le matin suivant, mes bras entremêlés au vieil arbre et ses pensées fusionnent avec les miennes. Tout est devenu limpide. La sottise des hommes qui aspirent au bonheur en détruisant leur mère nourricière. Je vois enfin le monde tel qu’il est… Somptueux, magnifique, cruel et d’une intelligence rare. Si les hommes ne se corrigent pas, Gaïa prendra les choses en main et elle fera le nécessaire.

 

Me voici devenu observateur de ce monde agonisant. Je baisse la tête en implorant la Terre de leur pardonner. Moi, j’ai été lâche ! J’ai abandonné la lutte. Rien n’oblige au malheur. Nous avons tous en nous les ressources pour tout changer.

 

Je suis si bien dans tes bras, vieil arbre, qui sait si je revivrai un jour, mais si c’est le cas, j’espère conserver la mémoire de ton immense sagesse. Moi, petit insecte, face à l’immensité de notre monde, je bâtirai des ponts entre ceux qui souffrent et les autres. De chacune de mes souffrances, je ferai des victoires et j’entraînerai tous les malheureux de la terre derrière moi. Tous ensemble, nous bâtirons une humanité responsable fondée sur le respect de l’autre et de tout ce qui nous est offert à la naissance par notre mère nourricière. Nous ferons du partage une priorité absolue et elle ne concernera pas que les hommes, mais aussi les animaux et végétaux. Fort de ces belles résolutions, je me suis rendormi.

 

Au matin suivant, je me suis éveillé au pied du vieux chêne. J’étais libre de toute entrave. J’ai repris ma route en me jurant de tenir ma promesse. Et tandis que j’avançais ragaillardi, un doux zéphir à soufflé à mon oreille :

« N’oublie pas, le temps presse ! »

 

Maridan Gyres 22/01/19



27/03/2019
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