Maridan-Gyres

Maridan-Gyres

Atelier 8 - 2021 - sujet 1

 

 

 

Ça faisait plusieurs jours que l'alerte avait été lancée. Un môme disparu, ça annonçait toujours une enquête difficile. Si la police ne se dépêchait pas, ça allait vite devenir politique et médiatique, les journaux n'en démordraient pas, ça ferait les gros titres quelques temps. Touloin était bien au courant de ce genre de déroulement, il avait pris les devants et était parti interroger la mère du petit au plus tôt, sa conclusion : « complètement ravagée cette bonne femme.»

 

Même si ça manquait cruellement de tact et de finesse, la brigade faisait confiance à son instinct, ses 25 ans d’expériences et le nombre de sales types qu'il avait appréhendés lui avait donné un flair imparable. Il suffisait qu'il soit dans une pièce cinq minutes avec un criminel et le gars avouait tout, de ses premiers vols à l'étalage jusqu'au meurtre de Kennedy. Le commandant avait mis un coup de pression à tout le monde, au plus vite le môme était retrouvé au mieux c' était, la perspective d'une conférence de presse le réjouissait déjà moyennement, mais si en plus on ne retrouvait pas le gamin très rapidement et vivant, certains recevraient une funeste nouvelle pour leur carrière, lui y compris.

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Hamid était de ceux-là, il était passé à deux doigts de se faire virer pour des cas de violence répétés sur des suspects. C'était l'équipier de Touloin, il l'aimait bien ce gamin, mais il avait la torgnole un peu trop facile. Touloin l'avait couvert quelques fois mais là, il avait décidé de prendre les devants sur l'enquête et laisser Hamid s'occuper un peu de la paperasse, ça éviterait quelques soucis.

 

« Écoute Hamid, soit tu me rédiges un rapport impeccable sur l’enquête de voisinage pour le proc', soit t'as pas fini de gratter du papier dans le placard de sous fonctionnaire ou je vais moi-même te coller jusqu'à la fin de tes jours. »

«  Reste tranquille Papy, tu sais bien que j'aime ça la littérature, c'est juste que les bouquins, je les préfère dans la gueule de mes suspects plutôt que sur ma table de chevet. »

 

Il avait beau fanfaronner, il savait pertinemment qu'il avait merdé dans les grandes largeurs. Le gars l'avait mis hors de lui avec son sourire suffisant lorsque le préfet avait appelé en personne pour expliquer qu'il retrouvait le père du suspect sur le green tous les dimanches. Forcément il avait pas pu se retenir. Mais cette fois, il allait devoir se tenir à carreau et faire amende honorable.

 

Au fond du commissariat, il y avait les cellules, entièrement rénovées  après les inondations, mais surtout un peu hors de vue de l'open space, le «gueuloir» comme l'appelait les anciens. Il restait néanmoins une de ces vieilles cellules situées à quelques pas du standard, on y entreposait du gros calibre, trop dangereux pour être hors de vue ou alors quelques habitués.

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Aujourd'hui, c'était juste Gégé, un vieux clodo, ancien prof de français qui préférait la rue et son cortège de misère à son ancien métier, plus capable de se retrouver devant un tableau noir. Mais lorsqu'il faisait trop froid, il trouvait un moyen de passer une nuit au chaud au SDPJ 78. c'est pas si dur de se faire enfermer, mais ça demande quand même un minimum d'efforts, pour ce qui est de Gérard, ça allait du classique lancé de canettes sur le touriste au nudisme intégral pendant le match de l'équipe locale de foot. Mais pour cette fois il avait opté pour une méthode moins subtile, il avait choisi le perron de la brigade pour comater. Martin aimait bien l'avoir à portée de main parce que ça voulait dire qu'il n'y aurait personne de dangereux dans la cellule et puis Gérard lui filait un coup de main pour ses mots croisés._

 

Syonyme d’apparaître en cinq lettres._Appert. Même ivre mort, Gérard ne se trompait jamais. Mais il n'aimait pas participer, rien que l'idée de tenir un crayon, stylo, feutre lui filait de l'urticaire.

 

« J'ai jamais entendu ce mot-là, t'es sûr que ça existe ?

« Ne doute pas, note et avance, tu vas pas m'emmerder avec tes questions et tes doutes comme tous ses morveux à qui j'ai tenté d'inculquer les belles lettres. »

 

Ses années à l'éducation nationale avaient un peu usé sa patience. Bon allez mon petit vieux, tenez-vous prêt pour la suite, les appels vont pas tarder à défiler avec le signalement du gamin qui vient de partir.

Le commandant semblait stresser mais pas Martin. L'abondance d'appels qui allait déferler vers le standard aurait terrifié n'importe qui, mais pas Martin, c'était un virtuose du combiné, un as du décrochage et contrairement à son aide cruciverbiste, il était d'une patience et d'un sang-froid inégalé. Il avait une fois découragé un pasteur évangéliste qui

voulait absoudre sa propre fille en la baptisant dans du détergent. Même le négociateur du GIGN avait été impressionné par les talents et la patience du jeune brigadier. Mais pour ce môme, il avait le sentiment que ce serait une longue et pénible enquête pour la petite brigade versaillaise.

 

Arthur 



05/05/2021
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