Les mots de Montpellier

Les mots de Montpellier

Atelier du 23/06/2015

1.      Poème à la manière d’Alfredine de Mussette

À Monsieur,

 

Ah ! L’homme, que ne puis-je vous dire

À vous, qui vous croyez doté de tous les pouvoirs.

Vous pensez nous ensorceler d’un sourire

Pour nous abandonner à notre désespoir

 

Quand vous fuyez, sans un mot même.

Je vous regarde distraite d’un œil moqueur,

Vous, qui vous complaisez à nous dire je t’aime,

Alors que dans notre dos, vous jouez les jolis cœurs

 

Non, ne vous en faites pas, ma joie est immense

De vous voir agir ainsi, toujours avec lâcheté.

Les femmes sont aujourd’hui une puissance

Qui vous a laissé en héritage, la fragilité.

 

Vous vous preniez pour des dieux sur terre,

Tant votre orgueil était grand.

Vous nous aviez appris à nous taire,

Et vous vous gaussiez de nous voir partir en pleurant.

Illustration : http://www.stylistic.fr/2014/01/separation-hommes-souffrent-plus_38210

 

Je sais qu’aujourd’hui des hommes endurent

Ce qu’autrefois, les poètes trouvaient beau.

Ce mal d’amour qui est une torture,

Et qui aujourd’hui est votre lot.

 

Alfredine de Musette (rimes empruntées à Alfred de Musset, poème "Mademoiselle".) Maridan Gyres 23/06/2015

 

2.     Une curieuse nuit

 

Nous étions partis en vacances avec un couple d’amis. Chemin faisant, ils nous avaient proposé de nous arrêter, pour la nuit, chez leur oncle astronome. De nature ouverte, nous avions accepté cette halte dans nos pérégrinations.

Mon amie ajouta que son oncle était végétarien et que nous n’aurions donc pas de viande au dîner. Une fois de plus, nous avons accepté  de bon coeur.

 

Le repas débuta par un taboulé. Mon mari et moi nous nous étions servi deux cuillères à soupe et nous avions passé le plat au suivant. Quelle ne fut pas notre surprise quand la maîtresse de maison apporta le plateau de fromages !

 

Dire que nous nous sommes conduits comme des gorets n’est pas loin de la vérité, puisqu’une fois que tout le monde a été servi, nous nous sommes fait un grand sandwich au fromage. Le dessert se résuma à une pomme et on nous conduisit à notre chambre.

 

Les astronomes avaient une très belle propriété dans les hauteurs cannoises. Mais notre chambre s’avéra être une cabane au fond du jardin. Vous savez, celle qu’on y va quand on a besoin. Consternés, nous avons découvert, que la cabane était encombrée de tout un fatras de jardin, pelles, pioche, filet de pêche, tiens qu'est qu'il fiche là? Je remarquai de suite, qu’il n’y avait pas de lit, qu’il allait donc falloir sortir nos duvets et nos matelas pneumatiques et surtout qu’il allait falloir oublier que ladite masure était le repère des araignées depuis plus de vingt ans.

 

Pour la petite anecdote, mon mari et moi avons une véritable phobie des araignées. Nous nous sommes regardés totalement dépités et après un grand ménage, nous avons tout de même fini, car nous étions épuisés, par nous coucher et par dormir. Je ne vous raconte pas le petit déjeuner du matin qui fut tout aussi minimaliste que le repas du soir. Tant et si bien qu’après avoir repris notre moto, nous fîmes une halte dans le premier troquet du coin pour nous offrir un vrai petit déjeuner et nous avalâmes en plus deux solides casse-croutes pour compenser l’absence de repas du soir. Plus jamais, nous n’avons passé la nuit chez des inconnus. Mieux valait pour nous dormis à la belle étoile que jeûner et être veillés par des araignées.

 

3.     Logorallye

 

J’avance, à la rencontre de mon destin. Où vont me guider mes pas. Vers quel lieu vais-je échoir. Je n’ai pas de but, plus de maison, plus de famille, je suis enfant de la rue qui m’a engloutie. Il fait sombre ce soir, le soleil s’est couché de bonne heure et les nuages qui obscurcissaient son éclat dessinent à cette heure des masses sur le ciel étoilé.

 

La lune tente péniblement d’en percer l’épais manteau. Le souffle d’air frais qui soulève mes cheveux me laisse à penser qu’il pourrait bien pleuvoir. J’ai peur, pourquoi ? Je l’ignore, pourtant elle est là, tapie au fond de mon ventre et je la sens qui me grignote les entrailles.

 

Qui suis-je ? D’où est-ce que je viens ? Toutes ces questions me taraudent et restent sans réponse. Même mes empreintes digitales n’ont servi à rien. Pas moyen de trouver mon identité. Alors les flics avaient fini par me coffrer dans un asile d’aliénés. Mais je ne suis pas folle. Perdre la mémoire ne signifie pas que l’on ait perdu la raison.

 

La seule chose que je portais sur moi, lorsqu’ils m’ont trouvé, c’est ce vieux blouson qui me protège du froid. Dans la poche un numéro de téléphone noté à la main. Était-ce la mienne qui avait noté ces chiffres sur ce papier gras ? Je l’ignore, et si j’essaie aujourd’hui d’écrire les mêmes numéros, ce n’est pas la même écriture. Alors qui ? Mon portrait a été diffusé dans la presse et personne ne m’a réclamé. Alors j’erre de ville en ville à la recherche de mon passé perdu. Le numéro n’est pas attribué alors pourquoi l’avais-je dans ma poche ?

 

Hier soir, j’ai eu de la chance, un éleveur a eu pitié de moi et il m’a conduite à sa ferme. J’ai dormi dans l’étable avec ses chèvres. De jolies biquettes blanches qui puaient la mort, mais qui m’ont tenu chaud. On n’a pas toujours cette chance. Il y a bien des nuits où je dois dormir à la belle étoile avec les risques que cela comporte. Et des risques j’en ai croisé quelques-uns. Ce flic véreux qui a essayait de m’avoir alors que je m’étais assoupi sur un banc dans un parc public. J’étais loin de tous les regards, j’avais choisi ce banc avec soin pensant y être en sécurité.

 

À dormir dans la rue, il y a peu de choix dans la façon que nous avons de passer la nuit. Moi, j’essaie tant que je peux de trouver des endroits isolés, mais proches de lieux habités. Les parcs que des vigiles ferment la nuit et dont j’escalade avec agilité les grilles, des halls d’entrée où je me faufile à la suite de vieilles dames qui ont sorti leurs chiens. Rien n’est facile dans cette vie. Heureusement il y a les maraudeurs, ils sont les flammes d’une humanité qui réussit encore à nous réchauffer le corps et le cœur. Toujours à sourire ces gens-là et Dieu sait qu’ils en voient de la misère.

 

Ce soir, une fois de plus, j’ai évité le pire, mais combien de temps encore, aurais-je la possibilité de résister à tous ces assauts ? Pourquoi ne puis-je pas retrouver le fil conducteur de ma vie ? N’ai-je pas de parents, pas de famille, pas de mari ni d’enfants ? Pourquoi personne ne me réclame-t-il ?

 

J’ai envie de m’en sortir, mais pas moyen. Hier encore, je suis allée voir les services sociaux pour leur demander de me donner une identité puisque je n’en ai plus. Mais rien à faire… Soyez patiente… Patiente, déjà trois mois que je suis née à cette vie. Trois mois et avant, je n’existais pas, puisque je ne manque à personne. Etais-je si méprisable que plus personne ne veut de moi ?

 

Essayez d’imaginer… Mes souvenirs sont enfermés au cœur d’une forteresse dont je n’ai pas les clefs. Et personne ne souhaite m’ouvrir la porte. Je vois au loin le pont-levis, les meurtrières, mais pas une lueur ne filtre. Rien, nada, le néant.

Ce soir, je n’en peux plus, j’ai décidé que les choses allaient changer. Je me dirige avec fureur vers un magasin qui affiche en vitrine tout ce que je ne suis pas. Il y a là des colifichets, des toilettes de femmes fatales, du parfum. J’ai serré dans ma main un pavé que j’ai ramassé et avec force je le jette dans la vitrine. Une alarme se déclenche et retentit dans la nuit noire. Des fenêtres s’allument, je n’ai plus longtemps à attendre. Désabusée, je remarque que la vitre n’a même pas cassé, elle est visiblement blindée. Je m’en moque, ce soir, je dormirai au chaud et je pourrai récupérer un peu. J’aurai un repas et ma nuit sera calme, car même à plusieurs dans une geôle, il y a toujours un gardien qui surveille, les gardes à vue. Demain sera un autre jour, il me faudra trouver autre chose pour la nuit prochaine. J’ai juste gagné une pause dans ma vie de SDF.

 

 

Maridan 23/06/2015

 

 



23/06/2015
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