Les mots de Montpellier

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Flocons de coton

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Les flocons

Voir un flocon de neige, à l’œil nu, ce que voit l’œil.  Puis, agrandir ce qu’on croit voir au  microscope de l’imagination. Bien distinguer les  bleus, les mauves,  l’acier, des fêlures , le tranchant, une étoile, des étoiles aux mille pointes plus pures que le diamant.

C’est vrai, c’est beau. Il descend encore lentement du ciel de plomb ce flocon, léger comme le duvet du ventre de l’oiseau, ouaté, comme la fleur de coton des pays chauds, de l’Inde, des plantations de l’Alabama,  où les noirs ont longtemps été esclaves. Ils ne le sont plus.

Ce coton s’écrase doucement sur la terre encore chaude. Neige triste du blanc et du noir, fausse neige de la crèche de Galilée, vrai bonheur des rires d’enfants au bonhomme de neige.

Ce matin-là, ne pas voir uniquement le flocon qui m’en dit trop, mais l’averse  qui tournoie en lentes saccades et qui va tout recouvrir, peut-être temporairement, peut-être définitivement.

Est-il est beau, ce blanc sans couleur  qui s’étale sur le champ de blé aux germes endormis ? Maintenant, c’est la  pureté, l’innocence…silence immaculé, nature figée, arbres noirs, tordus de froid, joncs sertis de perles, banquise de banlieue .

Je ne sais pourquoi  (gris, torpeur, pesanteur blanc-coton), emmitouflé  dans ma doudoune au toucher si doux qui réchauffe la peau,  je pense aux mains de neige, là-bas, au pays de la mousson, aux ateliers inhumains qui parfois s’écroulent de la misère impossible à supporter. Là-bas, mais ici aussi.

Je ne sais si c’est comme cela la pureté des origines. Si elle est froide, belle et sinistre à la fois.  Mais la naissance n’est pas blanche, j’en suis sûr. Il y a du rouge, rouge comme le sang de la vie et de la mort, sang et or, le cri de la vie, pas le croassement du corbeau. Pas ce blanc soleil d’hiver qui peine à traverser..

Et puis, déjà sur la neige, ces traces de rennes qui recherchent le lichen nécessaire à la survie.  Ils  grattent la froide épaisseur de leurs sabots et de leur mufle fumant. On voit  déjà des traces, des empreintes de pattes, pattes de loup aux griffes écartées. Bientôt le blanc sera sale. Les mille cristaux de diamant auront leurs pointes noires et émoussées, comme usées. Le faubourg redeviendra gris, triste et froid.

27/11/2012 Gérard



02/12/2013
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