Les mots de Montpellier

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L'enfant et l'oiseau

Il était une fois dans le sultanat d’Omar, un petit garçon qui s’ennuyait beaucoup. Son statut d’enfant roi présentait certains avantages, mais la plupart du temps, cela lui occasionnait plutôt des ennuis. Ainsi contrairement aux autres garçons qui courraient librement dans la rue sous les fenêtres du palais, lui devait rester enfermé dans l’enceinte du palais entouré d’une escouade de gardes armés jusqu’aux dents.

Un jour, alors qu’il rêvait de rejoindre la bande de garçons qui piaillaient sous son balcon, un oiseau vint se poser à ses côtés.

 

-          Tu m’as l’air bien seul, penché à ta fenêtre ! Pourquoi ne me suis-tu pas ? Nous pourrions aller jouer dans l’oasis, un peu plus loin. Il y a là un beau point d’eau bordé de fleurs toutes plus belles les unes que les autres, et de nombreux animaux viennent s’y désaltérer. Il y a aussi des caravanes qui passent avec toutes sortes de marchandises hétéroclites.

-          J’aimerais beaucoup, mais mon père, le sultan d’Omar, refuse de me laisser sortir. Il craint pour ma vie.

-          Allons bon, qui saurait qui tu es ? Et que pourrait bien te faire un petit oiseau comme moi ? As-tu vraiment besoin de sa permission pour t’échapper ?

-          Hélas ! J’ignore comment sortir d’ici, sans être vu par les gardes.

-          J’ai une idée ! Fais-moi confiance, je reviendrai bientôt te tirer de là.

 

Et voilà l’oiseau parti. Simbad va à la porte de sa chambre, l’ouvre et aussitôt deux gardes lui demandent où il veut se rendre.

-          J’aimerais me rendre au jardin. J’étouffe ici, il fait vraiment trop chaud !

-          Suis-nous, nous allons t’y conduire.

 

Les voilà tous les trois, traversant l’immense palais avant de rejoindre enfin le jardin. Simbad se pose au bord du petit bassin d’eau où son père a fait mettre de nombreux poissons. Tandis qu’il les observe silencieusement, Simbad voit les gardes s’éloigner un peu et ils s’assoient à l’ombre d’un beau dattier.

Soudain, l’enfant entend une voix qui lui parle :

-          Bonjour Simbad ! Sais-tu que tu ne devrais pas écouter n’importe qui ?

-          Qui me parle ?

-          C’est moi ! Je suis l’ainée des carpes Koïs que ton père a achetées.

-          Comme c’est étrange ! Un poisson qui parle !

-          Et l’oiseau qui te fait de vilaines promesses, qui te ment, cela ne t’étonnes pas ?

-          Pourquoi dis-tu qu’il ment ?

-          Parce qu’il le fait. Si tu sors de cette enceinte, les brigands te prendront et ils en profiteront pour dépouiller ton pauvre père.

-          Comment le sais-tu ?

-          Je vais te raconter une histoire qui s’est passée ici, il y a bien longtemps. Alors que ce palais servait de résidence d’été à un puissant Maharadja.

 

« En ce temps-là, ton palais était habité par la plus jolie maharani qu’on ait vue depuis la nuit des temps. Le maharadja, son époux, en était éperdument amoureux. De cette union miraculeuse naquit une petite princesse qu’ils nommèrent Leïla. Des fêtes somptueuses furent organisées pour fêter la venue de cette enfant de l’amour.  Tous les princes et rois de l’Inde et de l’Afrique furent conviés. La fête dura une année entière.

Cependant, alors que les fêtes battaient encore leur plein, un des princes, tomba éperdument amoureux de la maharani. Il tenta de lui faire part de sa flamme, mais la pieuse épouse, choquée par sa désinvolture et son audace en parla à son époux qui le fit écarteler en place publique. Puis, la fête reprit son cours comme si de rien n’était.

Lorsque la garde du prince rentra dans pays sans le monarque, sa jeune épouse, restée sur place, entra dans une colère folle. Elle aimait son époux, et se moquait bien qu’il eut tenté de lui être infidèle. Chez eux, les hommes pouvaient se partager entre plusieurs femmes. Elle décida de se venger et pour cela, elle alla voir un des mages de sa cour. Celui-ci lui remit un œuf.

 

  • Couve cet œuf pendant les dix-sept ans qui vont suivre. Puis lorsqu’il aura éclos, prends le volatile et offre le à la jeune princesse. Attends qu’elle ait atteint l’âge de dix-huit ans. Ne le fais surtout pas avant. N’oublie pas de lui dire que cet oiseau est capable de réaliser tous ses vœux. Puis quitte le palais le plus rapidement possible et reviens ici. Ta vengeance sera consommée. 

 

Ainsi fut fait. Patiemment la veuve attendit que les années passent. Elle éleva son unique fils à haïr la jeune princesse et ses parents. Quand cette dernière fêta ses dix-huit ans, ses parents  organisèrent une fête somptueuse et firent courir le bruit qu’au terme de cette grande fête. La princesse choisirait son époux. Du monde entier, tous les princes vinrent tenter leur chance. Il faut dire que la jeune fille était encore plus belle que sa propre mère et faisait l’orgueil de son père. La veuve se rendit au château avec son fils unique, un sale type, gâté, pourri jusqu’à la moelle, et dépourvu de tous attraits physiques. Il resta derrière sa mère, le visage vers le sol, tandis que sa mère offrait le curieux volatile à la princesse.

 

-          Il chante comme nul autre pareil, princesse ! Il vous charmera. La princesse ravie siffla et aussitôt un merveilleux chant s’éleva qui fit taire toutes les voix.

-          J’ignore comment vous remercier, pour ce cadeau, dit-elle à la veuve

-          Puisse ce cadeau, faire oublier à vos parents l’outrage que mon défunt époux leur causa !

-          Vous êtes toute pardonnée majesté, et nous vous remercions pour cet étrange cadeau. Ainsi lui répondit l’épouse honnie de celui qui était à l’origine de son malheur. Le fils observait tout cela de loin et ricanait.

 

Le soir, alors que la princesse s’apprêtait à se coucher, l’oiseau lui tient à peu près ce langage :

 

-          Bonjour jolie princesse, quel plaisir de chanter pour toi !

-          Comme c’est étrange, je n’avais jamais entendu dire qu’un oiseau pouvait parler !

-          C’est que mes frères et moi sommes très peu nombreux. Ton père nous cache bien aux yeux de tous

-          Mon père dis-tu, je l’ignorais. Pourquoi ferait-il une chose pareille ?

-          Parce que nous seuls savons où se trouve l’or des rois.

-          Comme c’est étrange.

-          Et ce n’est pas tout !

-          Ah oui ! Que fais-tu d’autre ?

-          Je sais reconnaître la valeur des hommes et lire dans le cœur des amoureux. Ainsi je sais que tu aimes et que tu es aimée de retour.

-          Chut ! Malheureux ! Si mon père l’apprend, il le fera écarteler.

-          Ne t’en fais pas ! Toi seul peux m’entendre.

-          Tu m’as fait très peur.

-          Veux-tu que je t’aide à voir ton amoureux ?

-          C’est impossible, le palais est très bien gardé, et je n’ai pas le droit de sortir.

-          Dans le coffre qui contient ma cage, il y a un double fond. Dans cette cachette, il y a une cape d’invisibilité, si tu la mets, tu pourras sortir sans être vue.

-          Je n’oserai jamais !

-          Tu as tort, j’ai appris que ton père prévoyait d’exécuter celui que tu aimes, demain à la première heure.

-          Je ne te crois pas !

-          Demande aux gardes.

 

Hélas, la jeune fille n’en fit rien. Elle enfila prestement la cape et sortit sans se faire voir du palais. À peine avait-elle mis le pied dehors, qu’une main la bâillonna et qu’elle se retrouva couverte d’un sac et jetée en travers d’un cheval. Désespérée, elle comprit trop tard qu’elle était perdue. 

 

-          Qu’est-elle devenue ?

-          Je l’ignore, mais de mémoire de carpe, chez nous, tous se méfient des oiseaux qui parlent et font de curieuses promesses.

-          Pourquoi devrais-je croire un poisson et pas un oiseau ?

-          Je n’ai rien de plus à te dire. Alors qui vas-tu croire ?

-          Je vais y réfléchir.

-          N’oublie pas que la curiosité est un vilain défaut ! »

 

Bien qu’il fanfaronne, le jeune garçon n’est pas fier. Certes, il a très envie de sortir, mais il faut être prudent. Et si la carpe disait vrai ? Il remonte à sa chambre et regarde attentivement autour de lui. Le palais est magnifique, dans sa chambre, il y a tout ce qu’un garçon de son âge peut désirer. Alors pourquoi n’est-il pas heureux ? Il se couche ce soir-là, l’esprit embrumé par toutes ces questions. Au matin quand l’oiseau revient, il hésite encore à le suivre.

-          Viens donc ! Ne sois pas farouche, fais-moi confiance, j’ai demandé à de jeunes garçons de venir t’accueillir. Ils joueront avec toi.

-          J’irai demain, car aujourd’hui, je ne me sens pas très en forme.

 

Il voit bien que l’oiseau n’est pas content, mais qu’importe après tout c’est lui, le prince et il fait ce qu’il veut. Il part voir son père et lui demande s’il est autorisé à sortir rencontrer des enfants de son âge.

-          C’est la première fois que tu demandes à rencontrer d’autres garçons

-          Je n’en ai jamais éprouvé le besoin avant, cependant aujourd’hui, j’aimerais rencontrer les garçons qui jouent sous mes fenêtres.

-          Très bien, nous verrons cela demain. Je vais demander aux gardes d’aller les chercher.

 

Le lendemain matin dix jeunes garçons sont là, intimidés, et un peu inquiets aussi.

-          Venez, nous allons jouer ensemble. Qui veut se battre avec moi ? Personne ne répond… Vous préférez jouer au tennis ? Toujours rien… Voulez-vous goûter ces délicieuses pâtisseries ? Là un petit garçon tend la main vers l’assiette de gourmandises.

-          Ne vois-tu pas que tu les effraie ?

-          Maudit oiseau, va-t-en de là, je ne t’ai rien demandé !

-          Suis-moi donc, je t’offrirai de vrais camarades de jeux, pas des vas-nus pieds, payés par ton père. Pauvre sot ! Aurais-tu peur de sortir ?

-          Qui veut jouer à tirer sur l’oiseau ? Et il tend aux enfants des lances pierres.

 

Et voilà tous les garçons qui se mettent à jeter des cailloux à l’oiseau, en riant aux éclats. L’oiseau tombe au sol et meurt… Soudain, autour du bassin, l’eau se met à bouillir furieusement et une jeune fille magnifique en sort.

-          Bravo mon garçon, tu m’as sauvée de cet horrible volatile qui me retenait prisonnière depuis des siècles dans ce bassin. Demande ce que tu veux et je te l’offrirai.

 

L’enfant réfléchit et dit :

-          Je veux juste avoir des amis avec qui je puisse jouer.

-          Retournes-toi, tu les as trouvé.

 

A compter de ce jour, le prince devint un gentil garçon. Il ne demanda plus de chose impossible. Il avait compris qu’il ne sert à rien de courir le monde pour être heureux ! Le bonheur, bien souvent est proche de toi. Il te suffit d’ouvrir les yeux.

 

Maridan 21/05/2014



21/05/2014
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