Les mots de Montpellier

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Le conte de Viviane

C’était un enfant très gâté, très, très gâté que ce Soliman. En fait, il était insupportable ! Mais comme il était l’unique fils du sultan, on lui passait tous ses caprices.

Tout pliait devant lui. Les domestiques, bien sûr, mais les ministres, et même les parents. Tout ce qu’il exigeait lui était accordé…

Et c’est ainsi qu’un jour, plutôt une nuit, la pleine lune illumina plus que d’habitude la chambre obscure, et un rayon se mit à jouer à cache-cache. Le garçon, étonné, essaya de le saisir… mais en vain… Le malicieux rai se posait sur le mur, les tentures, le lit, sur ses mains… Vite Soliman tendait sa main, en vain. Il lutta ainsi une bonne partie de la nuit, enragé. Il ne pouvait se saisir de ce joli rayon argenté ! Ce n’était pas possible.

 

Le lendemain, il se présenta à ses parents les yeux rouges, bouffis, car il n’avait pas assez dormi.

-          Qu’as-tu ? Mon petit oiseau sucré. Dit la mère

-          Qu’as-tu ? Mon prince courageur, dit lepère.

-          Parle ! Quelqu’un t’aurait-il offensé ? Je l’empalerai.

-          Parle ! Quelqu’un t’aurait-il refusé quelque chose ? Je le ferai bouillir dans la marmite. N’aie crainte mon cher enfant !

 

Alors Soliman déclare d’une voix décidée :

-          Je veux la lune !

 

Grande surprise des parents qui échangèrent des regards embarrassés.

-          Mais mon cher petit, c’est impossible !

-          Je veux la lune, et je la veux, na !

-          Réfléchis, mon petit sucre d’orge, on ne peut pas avoir la lune. Demande autre chose, tout ce que tu veux ;

-          Donc tu n’es pas le plus puissant du monde ? Déclare Soliman, en colère, à son père. Je croyais que tu pouvais tout !

 

Le père honteux, baissa la tête.

-          Tu m’as menti !

Et Soliman tourne le dos à ses parents désolés et se sauve en courant. Il se réfugia dans sa chambre et bouda toute la journée. Dès que quelqu’un se présentait à sa porte, furieux, il lui lançait tout ce qu’il avait à portée de main… On préféra donc le laisser seul à sa mauvaise humeur, les serviteurs apeurés laissèrent sur ordre du sultan des plateaux chargés de nourriture à laporte de sa chambre. Ainsi le garçon ne risquait-il pas de dépérir.

 

La nuit vint enfin… Soliman, tapi dans son lit attendait… et bientôt le même rayon de lune vint jouer à travers les courtines du lit. Soliman essaya encore de l’attraper. Voilà que le rayon se déplaça sur les murs… Soliman le suivit… puis s’arrêta sur la porte… et disparut.

Soliman étonné, ouvrit la porte qui donnait sur un long et large couloir. Le rayon lui faisait signe sur le mur… Et ainsi Soliman suivit le rayon de couloir en couloir, de salle en salle. Tout le monde dormait d’un sommeil profond : les gardes, les serviteurs… on entendait des ronflements jusque dans l’écurie !

Soliman à la poursuite du rayon de lune quitta le palais, puis le jardin et se trouva hors des murailles du château… Il hésita… Il n’était jamais allé hors de l’enceinte.

-          N’aie pas peur, déclara une voix douce… je vais te montrer la vraie vie…

-          Qui es-tu ?

-          Je suis la fée de la lune. Je t’ai observé pendant de nombreuses nuits.

 

Alors Soliman accepta de suivre la fée rayon de lune. Elle éclairait son chemin d’une lumière froide et argentée… Elle le conduisit à une maisonnette. Une petite lumière scintillait.

-          Vois Soliman ! Cet enfant, couché là, est infirme. Il ne peut pas marcher.

 

Soliman fit la moue.

-          Qu’ai-je à faire, moi, de ce garçon sale. Il n’a aucune importance, alors que moi, je suis Soliman, le futur maître du royaume.

 

La fée de la lune observa le garçon avec attention, d’un air sérieux et triste.

-          Eh ! Bien quoi ? N’ai-je pas dit la vérité ? Ne suis-je pas le seul, l’unique, le plus rare ?

-          Soliman, Soliman, je pensais m’être trompée à ton sujet. Tu n’as pas de cœur. C’est toi qui n’as aucune valeur. Tu mérites une bonne leçon !

 

Et la fée disparut, laissant Soliman dans la nuit noire. Il eut très peur, car il n’y voyait plus rien. Il se heurtait aux arbres, il tombait… Il pleurait et appelait la fée de la lune.

Enfin, il distingua une petite lueur. Il se traina et frappa à la porte en hurlant.

-          Ouvrez ! Je suis Soliman, le prince !

 

Enfin, une vieille femme lui ouvrit. Le garçon fou de peur et de colère bouscula la vieille femme.

-          Tu en as mis du temps eh, vieille carne ! Tu vas voir mon père ce qu’il va te faire !

 

La vieille se mit à rire ; un homme costaud arriva.

-          Mère que se passe-t-il ?

-          Cet effronté voyou se prétend fils du sultan ! Non mais as-tu vu son audace étant donné son accoutrement ?

 

Soliman n’eut que le temps de jeter un coup d’œil sur ses haillons que les mains solides de l’homme se saisirent de lui et le jetèrent dehors avec un coup de pied aux fesses !

Soliman n’en croyait pas ses yeux ! Où était don joli costume ? son turban à aigrette, son joli petit poignard et ses babouches de satin brodées ? Il se retrouvait dans le noir leplus obscur, meurtri et perdu. Au comble de la peur, il frappa encore à la porte, plus doucement.

-          Ouvrez au fils de votre sultan !

 

Pas de réponse. Il insista et une voix menaçante lui enjoignit de cesser, s’il ne voulait pas recevoir une rossée mémorable, de dire des mensonges, de se moquer du sultan et du prince…

Soliman était atteré. Il avait froid, et avait peur… En se retournant, il aperçut une lueur, à vrai dire très faible… Il essaya de se diriger vers elle en trébuchant, en tombant… Il crut ne jamais arriver…

A sa grande surprise, il se retrouva face à la première maison, celle de l’enfant infirme. Il l’aperçut couché, les yeux fixés vers la fenêtre. Soliman se décida à frapper à laporte doucement.

-          S’il vous plait, ouvrez, je suis… et à ce moment, honteux, il déclara :

-          Un pauvre enfant perdu dans la nuit noire.

 

La porte s’ouvrit. La maison était petite, peu meublée.

-          Entre mon pauvre enfant, lui dit le père. Que fais-tu dans cette nuit si noire ? On dirait que la lune est partie pour toujours. Approche-toi ! Nous avons peu à manger, car il faut payer des impôts au sultan, et il ne reste pas grand-chose. Mais nous partagerons notre pain avec toi. Tiens, nous te donnerons aussi un peu de cette confiture dez figues que nous gardions pour notre fils.

 

A ce moment, enfin, Soliman fut touché. Pour la première fois il dit « merci ». A peine ce mot magique fut-il prononcé que Soliman se retrouva dans sa chambre… Avait-il rêvé ? Un joli rayon de lune dansait sur son lit, sur les murs, et illuminait toute la pièce !

 

Viviane 21/05/2014



21/05/2014
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