Les mots de Montpellier

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Le cyprès du parc de font-colombe

Tu es là depuis des années, des siècles devrai-je dire ! Tu es si beau ! La première fois que je t’ai aperçu, j’avançais le pas lourd dans ce parc où m’avait conduite une amie à qui je disais souvent, combien les arbres de ma Corrèze me manquaient. Combien dans ce sud, bienveillant avec mes douleurs osseuses, l’herbe grasse et les chênes bicentenaires me faisaient défaut.

 

C’est que vois-tu, d’aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours trouvé au creux de mes bras qui enserraient les troncs de tes vieux frères, une force qui me poussait à avancer. Sans eux, je crois bien que je n’aurais jamais grandi. J’étais si triste. Cette enfant silencieuse, qui passait toujours le nez pointé vers le sol, c’était moi. Et lorsque j’étais seule, au fond de ce bois, lorsque j’étais assurée que personne ne m’avait suivi, je leur faisais de belles déclarations.

 

Ils étaient mes racines, mes forces. Ils me tenaient debout. Et bien que cela ait toujours paru « débile » aux amis à qui j’en parlais, je savais que ces géants des forêts étaient mes amis et qu’eux m’aimaient. Car c’est toujours après nos embrassades, que je me sentais plus vivante que jamais. Lorsque je suis arrivée ici, dans ce pays de lumière, ils m’ont manqué. Je me suis desséchée.

 

Mon cœur n’avait plus de sève. Trop de blessures, trop de douleurs et de morts avaient eu raison de mes sentiments. J’avais fini par tout boucler. Et puis cette amie m’a conduit en ton joli bois… Et au bout du chemin, je t’ai découvert. Géant à la cime dans les nuages. J’ignorais qu’un cyprès pouvait grimper si haut. Mes bras n’ont pas pu faire le tour de ton immense tronc.

 

Mais comme j’ai aimé te serrer dans mes bras, combien mon visage collé à ton tronc m’a apaisée. J’ai puisé ta force et je m’en alimentée. Tu m’as rendu la vie. À présent, il me suffit de fermer les yeux et je te revois, tel qu’en mon souvenir. Ton immense tronc presque blanc à force d’avoir été lavé et séché par les éléments. Ton écorce d’ivoire creusée de profonds sillons témoins de ton grand âge. Et tout au bout, ma tête rejetée en arrière, la découverte de ton feuillage que je ne peux atteindre.

 

Je n’ai pas de voiture en ce moment, mais bientôt, elle sera à nouveau opérationnelle et je filerai te retrouver. Je poserai un coussin à ton pied, et je sais qu’à cet endroit précis, ma plume pourra à nouveau se dégourdir et là-bas, je sais que ma jolie Belangèle m’attend pour de nouvelles aventures. Je t’aime mon géant de bois et je me devais de le dire ici.

 

Maridan Gyres 30/10/2014



30/10/2014
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