Les mots de Montpellier

Les mots de Montpellier

Le texte du 27/1/2015 retravaillé par les auteurs

Entre réalité et fiction, quelque part sous les tropiques

 

Souvent en mon sommeil paradoxal, mon imagination m'emmène sous les tropiques, dans ces ambiances chaudes et humides de quelque polar de série B.

Metteur en scène de ce film intérieur, je survole en hélico, caméra au poing, un quartier de vielles maisons tropicales sur le déclin.

Je zoome sur celle -ci.

Un clin d’œil, j'y dépose mon grand-père écoutant le journal parlé sur la TV des voisins.

Mettre sa parentelle dans un bouquin ! T'es givré !

Eh bien moi, je trouve cela bien normal, car sa chambre est collée contre leur cloison. De fait, il profite ainsi du son de la télévision sans l'image ! Il n'en reste pas moins que mon vieux grand-père se comporte comme un gentil papa pour ce couple de jeunes voisins nouvellement mariés. Connivence.

Leur jardin est infesté de chats en quête de quelque nourriture. Ils répandent leur odeur de pisse jusque dans les draps !

Ils s'en foutent pas mal de leurs draps, trop préoccupés qu'ils sont à produire force z-ébats. Septième ciel sous mur du son.

Eh, ouais, la TV !

 

Plus loin, du haut des cieux, en état stationnaire au-dessus du lycée français … j'y laisse une vieille blague de potache et mon indéfectible amour d'ado boutonneux pour la directrice, madame Mingxia. Vif éclat à travers les nuages de mes pubères brumes.

Son refus.

Je lui en veux.

Et pourtant elle a géré de main de maître, l'affaire des préservatifs gonflés d'eau, introduits dans les chaussures de sport. Elle a su ramener les élèves dans le droit chemin. Et moi avec. J'eusse préféré le sentier qui conduit aux délices de la pomme croquée. Déjà.

 

Dans l'ultime maison, dans un fauteuil à bascule, ma fantaisie y dépose Maridan. Un vieux pick-up crachote une chanson de Brel, celle du temps où il s'appelait Jackie.

Oh oui, je la vois bien en affairiste tropicale à qui tu vas refiler tous les défauts manipulatoires de ta mère. Un doigt dans chaque réseau, tirant sur les ficelles de l'un, embobinant la laine d'un autre …

Telle une lame affûtée, elle sera Mme Feng.

« Confortablement assise dans son fauteuil, très terre à terre, Mme Feng songe à ce cachet royal qui ce soir, tombera dans son escarcelle.

Baignée dans la fragrance des ravintsara, elle lit.

Un manuscrit.

Un écrivain en herbe.

Elle va le produire.

Belle négociation.

Oh oh combien ?

Sonnante et trébuchante !

C'est une question discrète qu'elle garde pour elle. »

 

Enfin, au terme de cette onirique ballade tropicale : le Héros, l’Éros, le héraut de l'Hérault, le zéro. C'est selon. Un mesclun à la sauce imaginée par d'autres où je m'incruste, j'héroïse, ou me vautre, me rédempte dans le sang, la sueur et les larmes.

Toujours enfangué dans des histoires de belles métisses ensaronguées !

 

Tiens et si je me refilais la castapiane ?

Oh, oh, purulent, l'écrivaillon.

Là ce n'est pas du vécu.

Documentation.

 

Voilà, le décor est plus ou moins bien planté.

Des personnages, certes encore très flous, y évoluent.

Est-ce suffisant ?

Ta ta ta, l'appétit vient en mangeant.

Et les mots viennent en écrivant.

 

Bon, ben alors y a plus qu'à ….

 

« Les oiseaux sont bien plus écologiques, d'un battement d'ailes, ils s'en vont chier ailleurs, là par exemple sous le porche du dispensaire.

Justement, là sous le porche du dispensaire, Éros marque une pause. C'est l'heure de la sieste, moment où, sous ce soleil de plomb, toutes les persiennes sont fermées. Sa sortie n'en sera que plus discrète.

Une heure plus tôt, c'est tout honteux, rasant les murs, qu'il est entré consulter. Il se sentait alors comme un poussin orphelin de sa mère.

Le toubib, parce que ce nom est né entre Capricorne et Cancer, le praticien donc, l'a soigné et rassuré. Maintenant ce traitement contre sa blennorragie allait le rendre propre… à la consommation. »

 

Consommation ! Mais c'est vulgaire ça.

Machiste !

Qu'à cela ne tienne, ton héros consomme de l'Asiatique femelle à tour de bras, comme le commun des mortels mange son riz quotidien.

T'es dans la fiction quoi !

Ton zéro est un phallocrate de première, comme une part d'ombre de l'auteur qui le pousse dans cette histoire tropicale.

Et puis s'il a choppé la chtouille, ce n'est pas par hasard.

Dans le va-et-vient de son fauteuil à bascule, Maridan s'en fait déjà des gorges chaudes !

 

 

Alors la caméra zoome arrière et je m'éveille.

 

Bernard le 6/02/2015

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L’enfant du silence

Les gens se demandent souvent d’où vient son fâcheux caractère, lui seul sait, même si jamais il n’en parle. D’abord, il y a eu son grand-père. Celui-ci ne quittait jamais sa chambre et les bruits inopportuns l’empêchaient d’écouter tranquillement son poste de télévision. Il haïssait ses jeunes voisins, auteurs des bruits intempestifs. Toute son enfance, il l’avait entendu rouspeéter et brailler contre les murs. Pourtant, il avait été un gentil papa avant de devenir ce vieux ronchon. Tout du moins, c’est ce que lui racontait son père.

Alors, certains soirs, lorsqu’il dormait chez ses grands-parents, il se dissimulait sous les draps où il cachait ses bonbons, que sa mère avait acheté avant son départ, comme pour se justifier de l’abandonner à ses parents vieillissants.

Il n’aimait pas les petits plats de sa mamy, sa nourriture préférée, c’était ses sucreries.  Il arrivait qu’un voisin en faisant du bruit déclenche la fureur de son papy. Du coup, les deux vieux arrivaient en roumèguant et il ne pouvait plus profiter de ses délices. Si seulement, ils étaient moins bruyants ses deux amoureux ! Mais les battements d’ailes ce n’était pas leur fort à ces pénibles ! Et ça se dit écologique, tu parles ! À les entendre, on aurait dit une armée de tractopelles ! Leur lit tapait la mesure de leurs ébats dans les murs ce qui rendait fou son grand-père. Il ne savait pas trop ce que cela voulait dire les « ébats » c’était le mot employé par mamy qui avait fait les gros yeux à papy quand il avait dit que le « petit con sautait sa gueuse »

Le médecin était venu le voir, le lendemain tellement il s’é »tait « nervé que son cœur il avait pas bien battu, et il était devenu tout rouge. Alors amy avait appelé maman qui avait dit d’appeler le docteur Fabricet.

  • Il va bien votre pépé, c’est du bois dont on fait les vieux chênes…, et patati, et patata, il avait pris 20 euros et il était reparti le docteur.

Maman avait raccompagné le docteur à la porte, lui, il avait ouvert les persiennes, pour suivre le départ de la belle auto du toubib. Il avait surpris sa maman qui déposait un baiser sur la joue parcheminée du vieux praticien. Ils étaient sous le porche, cachés aux yeux de tous. Cela lui avait fait peur, il s’était senti comme un poussin orphelin, abandonné dans une basse-cour étrangère. Pourtant, il était un enfant sage et propre, mais cela avait-il une importance à leurs yeux ? Son père lui avait souvent dit de se méfier des femmes qui emportent les rêves des  pauvres garçons amoureux. Il lui avait raconté combien, elles sont vénales, il avait retenu ce mot qui voulait dire qu’elle aimait les hommes avec des sius. Or le doc, il en avait plein des sous, tout le monde le disait au vilage.

Maman, quand elle l’accompagnait à l’école, elle mettait ses plus belles chaussures. Un matin, en arrivant au portail, un préservatif usagé était venu souiller ses jolis souliers. Elle était très en colère, elle n’aimait pas sa maîtresse, qui se croyait plus intelligente qu’elle, pas plus que l’école. Elle disait que ce n’était pas un monde civilisé, elle le disait tout le temps, et lui, il était assez d’accord avec ça ! Beurkk ! L’école.

Elle avait promis de lui montrer un autre chemin pour apprendre. Et c’est comme ça qu’il se cultivait, en lisant les grands poètes et les classiques et sa mère tous les soirs quand elle le bordait, elle lui demandait un poème. Et chaque jour, pour lui plaire, il apprenait par cœur les plus beaux. Sa récompense c’était le sourire de sa mère et sa caresse sur ses cheveux.  Ces moments là n’étaient qu’à lui.

Les années avaient passé, et aujourd’hui, il était devenu un artiste au talent si exceptionnel, qu’il fallait chercher derrière son cachet le message secret de son œuvre. Il aiait travaillé dans le silence, peut-être parce qu’il en avait été privé enfant !

Posté dans un fauteuil, un homme élégant n’avait pas encore trouvé la signification d’une de ses oeuvres, mais obstiné, il persistait. Quel était donc le sens caché de cette composition ? Lors de sa dernière exposition, il avait bien tenté, par quelques questions discrètes de lui faire rendre gorge, mais rien n’y avait fait. Il était resté muet.

Aujourd’hui, il lui avait rétorqué que ses œuvres se méritaient et qu’elles n’appartenaient qu’à celui qui savait les déchiffrer. Il aurait aimé savoir ce que son grand-père pensait de ses œuvres, lui, il aurait sûrement tout compris, le silence ! Toute son œuvre était une apologie du silence, mais hélas ! Son papy ne quittait plus sa chambre depuis que le jeune couple, de son enfance, avait déménagé.

Maridan Gyres 6/02/2015


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06/02/2015
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