Les mots de Montpellier

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Les personnages - étape 2

Tandis que le train le berce lentement, ses pensées repartent en arrière. La douleur est toujours là, prégnante, invalidante.

 

Il revoit son enfant, sa petite merveille. Elle aimait la nature et s’y fondait à merveille. Pour elle, il avait planté une multitude de fleurs dans leur jardin. Elle passait de l’une à l’autre. Elle adorait sentir leur parfum. C’était une petite fille joyeuse, heureuse de vivre. Toutes les fées semblaient s’être penchées sur son berceau. Est-ce pour cela qu’elle voyait de la magie en toute chose ?

 

Elle lui demandait quelquefois  :

 

  •  Dis papa, est-ce que les fées existent ?
  •  Oui, ma chérie. Il existe un monde magique, mais seules les personnes qui croient en lui peuvent le voir.

 

Alors parfois, le soir, alors qu’il lui contait une de ses histoires préférées. C’est elle qui le faisait rêver.

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  • Papa, aujourd’hui j’ai vu la fée lilas. Elle s’est posée sur les deux grosses fleurs d’hibiscus rouges que tu tenais en main. Tu l’as vu toi aussi ?
  • Hélas, non ! J’étais bien trop occupé à te regarder toi, mon trésor.

 

Alors sa petite fille se mettait à rire et elle lui sautait dans les bras. Tant qu’elle était là, chaque jour était une fête.

 

Il regarde longuement la photo de son petit ange, sa jolie blondinette comme il aimait à l’appeler. Il entend encore son rire lorsqu’il ferme les yeux. Le train s’est arrêté en gare de Toulouse. Il range la photo, malgré lui ses larmes ont coulé. Il se rend au wagon restaurant pour acheter de quoi grignoter avant le redémarrage du train.

 

Ce que voit les passagers du train c’est un homme au pas lourd, au dos voûté. Son visage est inexpressif, son regard mort. Il lui vient soudain une envie folle de descendre et de se jeter sous le train quand il repartira, mais ce ne serait pas lui rendre hommage. Elle aimait tant la vie. Elle s’est battue jusqu’au bout. Alors, il remonte rapidement les marches qu’il avait descendues et reprend sa place dans son wagon.

 

Deux passagers se sont installés en son absence. Une jeune femme, 30, 35 ans, plutôt jolie, mince et aussi brune que sa femme était blonde et un homme la quarantaine arrogante, gras du bide et un air de mec qui obtient tout ce qu'il veut. Il s’excuse et demande à l’homme de se déplacer, car il occupe sa place près de la fenêtre.

 

  • Pouvez-vous me la laisser, je suis avec mon amie.
  • Non, je regrette, j’ai réservé cette place, je suis malade en train, si vous voulez, mettez-vous près d’elle

 

Et voilà, c’est comme cela à chaque fois, il y en a toujours un pour la ramener. Lourdement le type insiste, malgré la gêne évidente de sa compagne. L'autre le regarde comme si ses vêtements l'invite à croire qu'il a besoin de fric et qu'en plus il est sénile.   Il sent la moutarde qui lui monte au nez. 

 

  • Allez, soyez sympa  ! Je peux vous dédommager.
  • C’est quoi votre problème ? Vous ne comprenez pas quand on vous dit NON! Vous n’aviez qu’à réserver une place en face d’elle. Dégagez  !
  • Vous pouvez rester calme !
  • Vous n’imaginez pas ce que peut être ma colère, alors foutez-moi la paix ou je vous jure que ça va mal finir !
  • Calmez-vous Pierre, Monsieur à raison, c’est « SA » place.

 

L’intervention de la jeune femme a muselé l’abruti. Mais les yeux de son voisin lui laissent entendre que cela ne s’arrêtera pas là. Finalement ce voyage pourrait s’avérer intéressant  !

 

Maridan 19/06/2020



19/06/2020
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