Les mots de Montpellier

Les mots de Montpellier

Ne pas déranger

 

Le nœud, dans son ventre, serré. Les portes fermées.

Seul le bleu du ciel entre par la fenêtre de ses yeux. Une fois encore, elle s’est levée très tôt. Le sommeil l’a quittée plusieurs fois durant la nuit et laissée abîmée par l’anxiété. L’un après l’autre, les problèmes ont défilé dans sa tête. En chaîne. Elle n’a trouvé le repos que grâce au chant de l’oiseau.

 

Elle s’est levée et s’est dirigée, comme à son habitude, vers la fontaine du jardin. Elle a plongé, sous l’eau glacée, des mains vides, une nuque fragile. Elle a fait s’envoler ses pensées chagrines. Les soucis, eux, ont coulé au fond du bassin.

 

Le matin lui fait toujours du bien. Ses aubes et ses silences. Ceux qui précèdent le vacarme du monde. Personne, à cette heure, n’est encore levé. Elle goûte, ainsi, mieux, la fraîcheur de l’été. Le matin efface d’un trait ses insomnies. Il amène avec lui la lenteur du temps qui s’écoule. Et qui coule jusqu’à la dernière seconde. Celle d’avant le premier bruit. Celle d’avant le début du monde, des premiers appels, des premières demandes.

Le fracas des autres, de leurs humeurs, de leurs désirs.

La porte va s’ouvrir et ils vont s’engouffrer, l’avaler, prendre son cœur en otage et resserrer les liens si forts que le nœud dans son ventre lui fera mal. L’espace se rétrécira, le temps disparaitra et durant longtemps, elle vivra sans respirer, sans toucher le sol avec ses pieds. Déracinée. Jusqu’au soir. Jusqu’ à cet espoir trop vite déçu car la nuit ne la portera pas. Elle l’écrasera, ramènera le désordre. Les rêves seront trop courts, les cauchemars trop fréquents.

 

A force de se répéter, elle a fini par connaître le chemin. Elle se laisse désormais balancer entre la sérénité et l’anxiété. Jusqu’à l’arrivée de la lumière. Une lumière qui ne survient que grâce à l’abandon et toujours, toujours, avec le chant de l’oiseau.

 

Les yeux grands ouverts, couverts ou non par les nuages, elle descendra à nouveau l’escalier. Toujours sur la pointe des pieds.

 

Pour ne pas déranger.

  

Frédérique-19-8-13



12/11/2013
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