Les mots de Montpellier

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Il y avait longtemps, elle avait été jeune. Il y avait longtemps – on ne l’eût pas dit -, elle avait été belle. Son cœur avait aimé, épanoui d’espoirs comme un jardin en fleur. Lui, elle l’avait rencontré au port. Il était venu avec tout le soleil d’Afrique dans sa peau chaude, dans ses yeux noirs. Il avait demandé un thé. Et elle l’avait aimé. Soudain, le comptoir sale, les voix grossières des matelots, la tête bourrue du patron, l’odeur de bottes sales et de paletots mouillés… tout avait disparu. Le soleil s’était levé. Le matin il était reparti avec son bateau. Comme le soleil qui se couche. Depuis, l’attente avait commencé… Et les angoisses. L’affreux matin, trois mois plus tard, quand le patron l’avait jetée à la rue, un coup de pied dans le dos. Elle était tombée sur le pavé où paille et charbon se mêlaient à la boue, en protégeant de ses deux bras son ventre déjà arrondi. Quand Philippe était né, elle était depuis quelques mois chez tante Brigitte. Ses parents, des paysans bretons, gens simples, n’avaient pas voulu d’elle. Tante Brigitte lui avait trouvé une place dans la Grande Maison. Elle reprisait le linge. Des mois. Des années. Elle avait commencé à ressembler à sa mère : même coiffe, même robe brune et rêche, même tristesse. Et, couche après couche, la tristesse s’était installée dans son cœur. Comme en hiver la neige. Un hiver sans fin. Car Philippe, lui, ressemblait à son père. Philippe était parti. Lui aussi. Comme son père, il avait la mer dans le sang. 



01/08/2013
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