Les mots de Montpellier

Les mots de Montpellier

ronde de mots du 26/08/2013

 chalut.jpg

Haut comme trois pommes, le gamin déambule seul sur les quais de l’Aber-Wrach,  frappant du pied dans une boîte de conserve vide, zigzagant entre casiers, filets et bouées, pataugeant dans l’eau de rinçage du matériel.  Il chantonne ou pense à voix haute, fils unique, dans son imaginaire il est très entouré. Des goélands, opportunistes et voleurs, virevoltent et crient au dessus des bateaux qui rentrent.

L’enfant est triste, il sait que maman va bientôt pleurer en silence. Papa embarquera demain à l’aube, pour trois semaines de pêche au hareng et à la morue en mer du Nord. Erwan, marin pêcheur trapu et solide s’apprête à reprendre le large, c’est l ‘appel de la mer et c’est la peine de sa mère.

A peine cinq ans, Loïc perçoit les émotions et les sentiments des grands. Même s’il n’a pas toujours les mots justes pour s’exprimer, il ressent le vague à l’âme de Rose, sa maman. Durant les absences prolongées d’Erwan, ne devient-il pas le petit homme à la maison ?

La détresse de Rose, il en est le principal témoin.

 

Rose et Erwan étaient tombés fous amoureux il y a six ans. Lorsqu’ils se sont rencontrés, ils étaient très épris l’un de l’autre, Rose, fille de négociants, était épanouie, elle rayonnait, elle était belle. Puis régulièrement, Erwan avait fait son baluchon et avait rejoint l’équipage pour des jours et des nuits d’activités rudes et viriles. La lutte contre les éléments, les joies et les déceptions à la remontée des filets, les coups de gueule et la solidarité fraternelle, c’était sa vie, cela avait été celle de son père et de son grand-père avant lui.

Il  était à chaque fois démuni, désemparé et maladroit lorsqu’il trouvait sa femme déprimée et affaiblie à chaque départ. Il aimait profondément son épouse, mais il se sentait impuissant face à son mal être, lui même aspirait à de l’attention et de la douceur avant de quitter la terre ferme. Il aspirait tant à se ressourcer au sein de son foyer,  à se sentir cocooné, à aimer avec son cœur et avec sa chair avant d’être malmené par cette impitoyable mer du Nord.

 

L’enfant marche seul sur les quais, … au même moment ses parents se baladent main dans la main, en silence, sur la longue plage recouverte de goémon .

Un albatros les survole, libre, sans attente, sans frustration.

Erwan ne sait pas encore qu’il ne se promènera plus sur le sable avec Rose, dans quelques jours, du haut de la falaise son désespoir l’emportera.

 

 

 

Nadège



29/08/2013
1 Poster un commentaire

A découvrir aussi


Inscrivez-vous au site

Soyez prévenu par email des prochaines mises à jour

Rejoignez les 141 autres membres