Les mots de Montpellier

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Goutte d’eau

 

Dans le numéro 1169 de février 2015 de Science & Vie, sous la plume de Mathilde Fontez, parut un long article intitulé « L’énergie de la vie : elle tient dans une goutte d’eau ». Voici en exergue le bref résumé servant d’introduction à ce texte remarquable :

 

C’est par hasard que des chimistes ont découvert le phénomène : en insérant dans une goutte d’eau deux molécules simples, celles-ci ont rapidement formé des molécules complexes … sans la moindre intervention extérieure ! Par la seule force de la « tension de surface » qui, au sein d’une goutte, incite toutes molécules à se lier entre elles. Une découverte majeure car elle offre enfin un scénario crédible à l’apparition de la vie : les réactions initiées dans les gouttes auraient pu se propager sur la Terre primitive, notamment via les nuages. Qu’y a-t-il à l’intérieur d’une goutte ? Il y a l’énergie de la vie. Une énergie que les scientifiques cherchent maintenant à maîtriser … »

 

Dans un article daté du 04/01/2019, le journaliste scientifique Laurent Sacco, nous informe que :

 

« des chercheurs ont pu reproduire plusieurs propriétés thermodynamiques de l’eau, issues de la mécanique quantique, notamment la fameuse différence de densité entre la glace et l’eau liquide, la différence de températures de fusion entre l’eau normale et l’eau lourde du deutérium et la stabilité de différentes formes de glace »   

 

Tels sont les résultats obtenus jusqu’ici par des recherches scientifiques, aidées par l’Intelligence Artificielle (IA) sur l’élément le plus mystérieux de l’Univers qu’est l’eau …

 

Voyons à présent ce que nous offrent les vagues lumineuses de l’imagination.

 

Le plus inspirant de tous mes auteurs préférés est l’écrivain italien Dino Buzzati  (1906-1972) dont voici un extrait issu d’une délicieuse pléthore de son imaginaire  :

 

Une goutte d’eau grimpe les marches de l’escalier. L’entends-tu ? Allongé dans l’obscurité sur mon lit, j’écoute son mystérieux cheminement. Comment fait-elle ? Elle sautille ? Tic, tic, entend-on par moments. Et puis la goutte s’arrête, et peut-être pour tout le reste de la nuit ne se manifestera-t-elle plus ? Elle grimpe pourtant. De marche en marche elle monte, à la différence des autres gouttes qui tombent perpendiculairement, obéissant aux lois de la gravité, pour à la fin émettre un petit « floc » bien connu dans le monde entier. Mais pas celle-là. Tout doucement elle grimpe l’escalier E de cet immense bâtiment. …

 

M’égarant la plupart du temps dans d’obscures élucubrations dépourvues de tout bon sens commun et à des années-lumière de toute logique scientifique, je reste ici émerveillée devant ces propriétés thermodynamiques  qui fortifient la tension de surface d’une simple goutte d’eau.

 

De là à m’épuiser dans d’incessantes (et déchirantes !) interrogations sur la probable existence de la goutte d’eau qui grimpe, ne fait qu’un pas.

 

Je vous invite donc à faire avec moi quelques pas le long de mon Lez bien-aimé, tout en essayant d’extirper quelques déclarations des penseurs illustres ci-après :

 

Platon : au Banquet la philosophie commence avec la goutte d’eau qui grimpe

Aristote : avant tout c’est une question de Métaphysique !

Confucius : il faut lui inculquer des codes, des rites à respecter afin de sauvegarder l’harmonie sociale.

Lao Tseu : impossible car c’est la Voie !

Toshihiko Izutsu : un koan zen par excellence

Socrate (à son meilleur disciple): si tu veux suivre mon avis, tu feras peu de cas de Socrate et beaucoup de la goutte d’eau qui grimpe

Héraclite : tout s’écoule, goutte d’eau comprise

Empédocle : que la goutte d’eau qui grimpe ne se fie qu’à son expérience

Plotin : la goutte d’eau est multiple, elle est tout, et ce qui est en haut et ce qui est en bas, jusqu’à contenir toute vie

Carnéade (chef de file du scepticisme) : il n’y a aucune certitude quant à l’existence de la goutte d’eau qui monte

Epicure : écoutons plutôt la musique de la goutte d’eau qui grimpe

Zénon de Citium (fondateur du stoïcisme) : dans sa démarche, la goutte d’eau est bien à l’opposé de l’instrument de torture chinoise

Saint-Augustin : comme pour l’amour, la mesure de la goutte d’eau c’est de grimper sans mesure

Boèce : car c’est une substance individuelle de nature rationnelle

Thomas d’Aquin : une vraie Somme Théologique !

Copernic : et en plus elle tourne sur elle-même

Newton : elle ose contredire ma pomme qui tombe

Machiavel : il est certain que pour la pérennité de la goutte d’eau qui grimpe, il vaut mieux qu’elle soit crainte qu’aimée

Thomas Hobbes (premier matérialiste moderne) : l’estimation ou la valeur de la goutte d’eau qui grimpe, c’est avant tout son prix

Descartes : le débat sur la goutte d’eau qui grimpe étant ouvert, donc elle existe

Spinoza : la goutte d’eau est la cause de toute chose et toute chose est en elle

Leibniz : il existe deux sortes de vérités : la goutte d’eau qui tombe et la goutte d’eau qui grimpe

Locke (libéral suprême) : la goutte d’eau qui grimpe ne fait jamais les choses sans une bonne raison et notre connaissance d’elle ne peut aller au-delà de son expérience

Berkeley : tous crient à la goutte d’eau qui grimpe mais peu savent l’examiner.

Hume (sceptique modéré) : la beauté de la goutte d’eau n’existe que dans l’esprit qui la contemple

Thomas More : quelle Utopie !

Voltaire : véritable superflu, mais très nécessaire !

Diderot : le premier pas vers la goutte d’eau qui grimpe, c’est le doute voire l’incrédulité

Rousseau : liberté, égalité, fraternité pour toutes les gouttes d’eau de la terre, qu’elles grimpent ou non

Kant : l’objet de la goutte d’eau qui grimpe n’est pas de fixer des règles mais d’analyser les jugements qui en découlent

Schopenhauer : tant que nous sommes asservis à la recherche de la représentation de la goutte d’eau qui grimpe, il n’y a pour nous ni bonheur durable ni repos

Nietzsche : la goutte d’eau qui grimpe est une corde tendue entre la bête et le surhumain, une corde au-dessus d’un abîme !

Marx : il s’agit maintenant de socialiser toutes les gouttes d’eau qui grimpent car c’est le plus grand Capital de toute l’histoire humaine 

John Dewey (pragmatique américain) : plus nous établissons d’interactions, mieux nous connaissons la goutte d’eau qui grimpe

Kierkegaard : le paradoxe suprême de la goutte d’eau qui grimpe est de tenter de découvrir quelque chose que la pensée ne peut penser

Heidegger : la goutte d’eau est le type même de l’angoisse existentielle à analyser

Simone Weil  : la goutte d’eau qui grimpe ?  Quelle grâce contre la pesanteur !

Bergson : quand nous pensons la goutte d’eau comme devant être, elle n’est pas encore ; et quand nous la pensons comme existant, elle est déjà évaporée

Jules Verne : c’est un grimoire dont on ne connaît pas le secret

Merleau-Ponty : la goutte d’eau est non pas ce que je pense mais ce que je vis

Albert Camus : entre la justice et la goutte d’eau qui grimpe, je choisirai la goutte d’eau pour l’absurde

Sartre : la goutte d’eau qui grimpe, c’est l’enfer !

Simone de Beauvoir : car c’est le deuxième sexe

Michel Foucault : ce type de discours goutteux est une tentative pour exercer un pouvoir sur les autres

Jacques Lacan : la goutte d’eau qui grimpe est un savoir qui ne se sait pas !

Jacques Derrida : il faut donc la « déconstruire » dans le langage

Wittgenstein : elle n’est en fait qu’un développement, probable ou non, de la philosophie du langage

Noam Chomsky : la controverse même de la structure du langage !

Einstein : la goutte d’eau qui grimpe confirme dans tout son éclat ma Théorie sur la Relativité.

Ernst Grafenberg : c’est le Point G par excellence !

Richard Thaler : auparavant on doit lui fournir le « nudge »

Boris Cyrulnik : l’élément majeur de la Résilience

Jean Tirole : pour le Bien Commun de nous tous !

André Malraux : Après la Tentation de l’Occident qui lui offre la Voie Royale  de  l’Espoir, l’Inaccessible, l’Irréelle, l’Intemporelle  Goutte d’Eau Qui Grimpe a choisi de s’abriter à l’ombre d’un Chêne nommé Musée Imaginaire des Mots Inventés (MIMI).

 

 

 

Bien que charmée par la célèbre parabole (du sage chinois Tchouang-Tseu qui rêve qu’il est un papillon et se réveillant, se demande s’il n’est pas plutôt un papillon qui rêve qu’il est Tchouang-Tseu) qui exonère la futilité de mes rêves, je demeure à jamais taraudée par l’ampleur menaçante de cette réalité :

 

Sur notre belle mais hélas ! bien fragile planète, je ne suis qu'une goutte d’eau dans l’océan des                 7, 637 milliards d’êtres humains dont 30% n’ont toujours pas d’accès à l’eau potable.

 

Elfina

Ermitage-sur-Lez

30/04/2019

 

 

Texte publié en exclusivité pour le site « Les Mots de Montpellier » animé par Maridan Gyrès

Illustration  « Gouttes d’eau, seins de pluie », photo d’art de Joëlle Grisolet



30/04/2019
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