Maridan-Gyres

Maridan-Gyres

Atelier 1 - 2021 - sujet 2

 

                                             JE ME SOUVIENS,

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Je me souviens, juillet dardait ses traits brulants.

Je me souviens du ventre arrondi de ma mère.

 

Je me souviens avoir été déposée tel un paquet encombrant chez des grands-parents acariâtres.

Je me souviens des repas mutiques, les mains bien propres posées de chaque côté de l’assiette ; seul le cliquetis des couverts animait le silence.

Je me souviens des nuits d’angoisse dans le petit lit-cage laqué de blanc en ce lieu inconnu et encore plus douloureusement de ces siestes interminables…

Je me souviens des pénibles réveils qui suivaient, mal réveillée, pleurnichant et qui s’achevaient le plus souvent la tête sous la pompe à eau du jardin…

Je me souviens n’avoir pu pendant longtemps supporter l’eau sur la tête et encore aujourd’hui, je tolère mal le pommeau de la douche sur le visage.

Je me souviens du chien de berger qui me terrorisait de ses babines retroussées.

Je souviens de l’odeur d’humidité et de vin aigre du chai ou les pommes de terre du jardin et les fûts des dernières vendanges étaient entreposés.

Je me souviens des buissons de framboisiers et de leurs fruits goûteux gorgés de soleil.

Je me souviens aussi des fraises sucrées qui comme les framboises rubicondes étaient destinées à la vente sur le marché.

Je me souviens de la cueillette interdite, défense que j’ai souvent enfreint du haut de mes quatre ans.

Je me souviens de la grande allée au milieu des planches d’asperges empanachées se terminant par un immense noyer ou nichaient des pies au jacassement braillard.

Je me souviens de l’un des rares cadeaux de cette grand-mère sans tendresse : d’affreuses chaussettes en pure laine marron, tricotées maison et me donnant la sensation d’avoir de la toile émeri sur les jambes… De ma vie je n’ai pu supporter la laine…aussi douce soit-elle.

 

Je me souviens du retour tant attendu dans notre petite maison.

Je me souviens, au milieu de la chambre unique, du landau noir avec ses petites roues ridicules et sa moustiquaire de tulle blanc qui semblait protéger d’étranges vagissements.

Je me souviens que personne ne m’a présenté ce nouveau venu dans la famille.

Je me souviens m’être précipitée en pleurs dans les bras de mon père en criant :

   « Je ne veux plus qu’on me batte »

Je me souviens du visage blême de l’auteur de mes jours.

Je me souviens que la petite fille de ces lointaines années n’a jamais compris ce qui lui avait valu une telle punition !

 Heureusement, plus jamais elle n’est restée seule chez ces indignes aïeux mais elle s’en souvient encore…

 

 Kika.



24/02/2021
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