Maridan-Gyres

Maridan-Gyres

Atelier 2 - 2021 - sujet 1

 

 

*Comme un vol de *harpie hors du Brésil natal...

 

Telle une éternité sans espoir, nous apparaissent ces dernières saisons.

L’année achevée à nulle autre pareille, nous laisse abattus et sans forces.

Timide, la nouvelle balbutie en tremblant ses trop semblables journées,

Emplie de la même hantise de tous ces mois douloureusement accomplis

Elle demeure inflexible, planant en silence, la menaçante harpie féroce !

 

Révolue la douce sérénité, aucun apaisement, une étrange oppression,

Toujours l’incertitude pour chaque heure à venir.

Nos pauvres vies au rythme trop lent ont perdu la saveur,

La joie, l’enthousiasme, l’espoir d’un heureux devenir.

Toujours omniprésent, le même froissement d’ailes de la harpie féroce !

 

Elle a enlevé, implacable, sans cœur ni pitié, dans ses serres atroces

Bon nombre de nos anciens mais aussi des plus jeunes.

Nul besoin de propagande pour servir cette infâme calamité

Flottant sur nos contrées en bataillons de corbeaux affamés.

Encore et toujours, insidieuse et inquiétante la harpie féroce !

 

Les premiers frémissements du printemps lézardent la terre encore gelée

De ses perce neige, crocus et autres narcisses téméraires ; immuable nature.

Méprisant la menace qui plane sur le monde elle renait malgré les constantes injures,

En dépit des blessures de cet Homme qui la méprise et la martyrise depuis trop d’années.

Mais d’herbe grasse ou de fleurettes elle n’a cure, la terrible harpie féroce !

 

De nos vies volées, dépouillées de tout ce qui en faisait le sel, que va-t-il demeurer ?

Souvenirs heureux ou malheureux des moins jeunes espérant encore quelques bonheurs,

Comme embrasser et câliner ces chères têtes blondes qui sont le soleil de leurs vielles douleurs.

Que dire de notre jeunesse, seule, isolée, n’ayant pour tout support d’études qu’un écran et des livres ?

D’amour ni de culture, de chaleur humaine ni de rencontres elle n’a besoin la harpie féroce !

 

Elle n’a que faire des femmes et des enfants battus et confinés en espaces exigus,

Et se raille de ces humains pitoyables, auxquels elle sert, telle une soubrette zélée et proprette,

Un plateau de mets au goût douteux et indigestes : faux espoirs, douleurs, isolement, deuils, séparation.

Survolant sans répit cette planète qu’elle tient à sa merci, elle contemple avec délectation

La populace informe qui se débat échevelée au bal masqué de la survie, l’implacable harpie féroce !

 

Kika

 

*« Comme un vol de gerfauts hors du charnier natal ».

Extrait du sonnet « Les conquérants » de Marie-José de Hérédia

 

* La harpie féroce, seule du genre Harpia, aussi connue au Brésil sous le nom de faucon royal, est un aigle forestier d’Amérique latine.

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18/02/2021
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