Les mots de Montpellier

Les mots de Montpellier

Atelier 13 – 2019 - sujet 1

 

 

 

 

« Charivari romanesque » 

 

Maria Angéla, traductrice italo française compulse toutes les notes qu’elle a prises pour traduire au mieux ce roman historique italien qui lui donne du fil à retordre. Habituellement si heureuse de plonger dans cette langue mélodieuse et pleine de grâce, elle se trouve avec un mal de tête épouvantable incapable de se concentrer.

 

Fréquenter les pharmacies ne lui convient aucunement, elle a bu de la tisane de l’herboristerie, s’est mis de l’huile essentielle de menthe poivrée sur les tempes mais rien n’y fait.

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Un petit somme serait peut-être réparateur. Elle lâche son travail, s’allonge sur son canapé, s’enroule dans un plaid moelleux, « Patounette », la chatte, le repère immédiatement et vient se lover contre sa maîtresse. L’occasion est trop belle !

 

En quelques minutes les deux sont endormies. L’une ronronne, l’autre respire doucement. Tout d’un coup Maria Angéla se retourne, nez contre le coussin, et « Patounette », dérangée, va se réfugier sur un fauteuil à l’écart des brusques changements de posture. Les poissons rouges, « Plouf » et « Plaf » la surveillent, leur bocal est juste sur le buffet à coté... on ne sait jamais si elle faisait un rêve de gastronomie poissonnière !! Les canaris « Ying et Yang » vigilants eux aussi, se balancent silencieusement sur leur perchoir…la lumière des réverbères de la rue éclairent la pièce de façon étrange. La lune baille et cligne des yeux.

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Atmosphère insolite, propice à ce que la romancière, « Fragolina Di Bosco » sorte de la dernière page extérieure du livre. Réajustant son chemisier en dentelles, sa longue jupe plissée et sa coiffe, elle s’assied et pose les yeux sur l’illustration de la couverture, elle reconnait plusieurs de ses créatures romanesques. Tranquillement, elle commence à lire la traduction puis se la commente :

 

« Pauvre Maria Angéla, elle a du pain sur la planche, mon roman n’a pas une intrigue,   mais des intrigues à tiroirs, j’ai introduit nombre de personnages et imbriqué, comme des poupées russes, des histoires diverses sur plusieurs siècles- Elle n’est pas sortie de lornière   ! »

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Le silence est brisé. La chatte ouvre un œil même pas surprise d’entendre et de voir cette étrangère assise à la table de travail avec son chapeau de plumes duveteuses…qu’elles sont provocantes !  Ça lui donne envie de bondir et d’y jeter les griffes, ça sent l’oiseau ou les poules de décor… « Patounette » s’étire et donne à voir son postérieur, « Plouf » et « Plaf » rigolent, c’est bizarre un postérieur de chat. « Ying » et « Yang » s’ébrouent et une poussière de litière végétale fait tousser « Fragolina » intempestivement. Maria Angéla se réveille en sursaut.

 

Remise de son quasi étouffement, « Fragolina » s’approche de Maria Angéla, lui tape sur l’épaule, et dit: « Chère Amie, j’aimerais recevoir votre traduction avant l’éditeur – la priorité est pour moi, je suis l’auteure après tout ! »

 

 

Eberluée par la présence, la voix et la demande de cette improbable personne, Maria Angéla, comme pour échapper à un maléfice, se dresse brutalement de son canapé, bouscule une tablette et renverse un récipient plein de liquide visqueux où nagent des pousses multicolores destinées à ses plantations médicinales.

 

Il s’ensuit un tohu bohu  hallucinant : Maria Angéla glisse sur la flaque poisseuse se rattrape à la volière qui se décroche de sa suspension et s’écrase sur le buffet, la porte s’ouvre, les canaris plongent dans le bocal pour échapper à Patounette en transe, tandis que les deux poissons propulsés dans l’air par une gerbe d’eau retombent sur les plumes du chapeau et dérapent jusqu’au cou de la romancière, ils la chatouillent dans le dos, elle se tortille et s’esclaffe. Un grand coup de vent ouvre les fenêtres et donne une bonne gifle à tous. Abasourdis ils se retrouvent cloués au sol.

 

Les multiples personnages du livre ne savent plus du tout dans quelle histoire ils vivent, ni dans quelle époque… ni quelle langue ils parlent. Perdus, médusés, ils attendent anxieux que le calme revienne, que « Fragolina Di Bosco » retrouve ses esprits et sa place au dos de la couverture de l’ouvrage, que le fragment du monde qu’ils ont entrevu (Maria Angéla et ses acolytes) se remette en ordre raisonnablement…  Leur avenir «de personnages littéraires réputés » en dépend  : ils ont bien l'intention d’être à l’honneur d’un prix attribué aux « Belles Lettres » et promus à l’avant des vitrines des libraires… L’auteure et la traductrice sont les chevilles ouvrières d’un possible succès mais EUX vont au cœur des lecteurs, ils restent dans leur mémoire… enfin, ils le croient !

 

Noms =

Romancière : « Fragolina Di Bosco » (« Mignonne Fraise des Bois » en Français)

Traductrice : « Maria Angéla »

Chatte : « Patounette »

Poissons rouges : « Plaf » et « Plouf »

Canaris : « Ying et Yang »

 

Claudine



23/05/2019
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