Maridan-Gyres

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Atelier 13 - 2021 - sujet 7

 

 

                                                           Au pays des lunatiques

 

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Il était une fois, une belle terre d’accueil pour les mal-aimés d’une planète qui se prétendait civilisée et évoluée.

La lune, puisque c’est ainsi que les occupants de la terre la nommaient, n’était en vérité pas du tout ce lieu hostile et inhabité de tout être vivant.

 

Les fées, aussi facétieuses qu’imprévisibles, en avaient fait une contrée idyllique ou amour et tolérance étaient rois. Aucun être adulte et irresponsable n’avait été élu pour occuper ce pays de rêve que tout terrien considérait comme inhospitalier.

 

Seuls, de malheureux enfants, orphelins ou maltraités avaient été enlevés au monde cruel de leur naissance et déposés ainsi que des plumes aériennes au milieu d’une nature prolifique et accueillante. Dès qu’ils respiraient l’air lunaire leur croissance prenait fin et ils se déplaçaient en volant, agitant leurs petits bras avec grâce et légèreté. Afin de les rassurer, les derniers arrivés étaient entourés, cajolés par les magiciennes des lieux. Ils n’avaient jamais rencontré une telle tendresse durant leur vie de terrien. Tant de douceur et d’attention effrayaient ces têtes blondes et brunes qui ne connaissaient que la brutalité de leurs ainés. Ni la hiérarchie ni l’autorité n’étaient pas en vigueur en ce joli monde et celui qui faisait une suggestion de progression en assumait l’organisation et la mise en place. Les enfants intéressés par le projet, participaient spontanément et avec enthousiasme à la réalisation des futures avancées.

 

L’envie, la cupidité et la jalousie, le besoin de domination avaient été laissé aux arrivistes ambitieux de la terre qui étaient prêts à s’entretuer pour le moindre différent qui blessait leur égo souvent surdimensionné. Aucune devise n’avait cours et chaque élaboration était payée d’échanges entre les divers groupes de travail.

 

A l’orée des jardins extraordinaires réalisés par les uns, les autres mettaient en place des petites échoppes décorées et fleuries afin de faire profiter chacun des récoltes généreuses ou des objets utiles et nécessaires à la vie quotidienne.

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Des papillons multicolores virevoltaient joyeusement sans craindre l’agression de pesticide, les trilles des oiseaux siffleurs enchantaient les journées ; aucun animal ne connaissait de destruction délibérée. Les abeilles bourdonnaient allègrement et leur nectar faisait le bonheur des plus gourmands car la gourmandise était un plaisir largement répandu en ces lieux de rêve. Une douce musique se répandait dans les diverses allées de ce monde délicieux et faisait régner une atmosphère irréelle.

Cependant, la fatigue n’était pas exclue et les divers travaux accomplis, les enfants se regroupaient le soir afin de trouver un repos bien mérité autour d’un grand feu de joie.

Pour les plus curieux une bibliothèque universelle leur proposait abondance de livres ou ils trouvaient moultes idées afin d’enrichir leurs connaissances et d’innover dans leur quotidien. Des jeux créatifs ou collectifs récréaient les plus avides de nouveauté, mais aucune violence n’habitait ces distractions. Ils avaient même oublié celles qu’ils avaient subies sur terre.

Néanmoins, l’un d’entre eux le petit Ariel, avait dû subir une « décontamination imparfaite » des travers terrestres et connaissait plus de difficultés à accepter cette égalité de chacun. Cette étourderie de sa fée marraine faisait qu’il restait au fond de son âme cette envie de commander dont il avait pourtant été victime dans sa vie antérieure. Le petit rebelle voulut être le chef, mais ses camarades faisaient fi de son autorité ayant oublié ce qu’être assujetti signifiait.

 

Dépité par le comportement des petits lunatiques, Ariel décida de commander le troupeau de cochons qui s’égayaient dans la campagne environnante. La gente porcine n’ayant pas coutume d’être dirigée se rebella, mais sans violence, et décida de donner une leçon au trublion en culotte courte. Un soir alors que cochons et cochonnets regagnaient la soue voisine, le plus malin du troupeau en faisant un clin d’œil à ses congénères, s’échappa et obligea Ariel à lui courir après. Trois tours de pré plus tard, le cochon futé s’élança vers son étable et y pénétra vivement. Pris par son élan, le jeune garçon entra lui aussi dans l’abri. C’est alors que les porcs ayant compris la stratégie de leur meneur de l’instant, s’installèrent tous devant la porte du bâtiment empêchant le « petit Chef » de regagner ses pénates. Il dû passer la nuit sur la paille en compagnie de ses hôtes aussi bruyants que malodorants.

 

Au petit jour, d’un commun accord, le troupeau s’écarta et permit à l’enfant de regagner sa chambre douillette après avoir goûté le plaisir d’un délicieux bain aux fleurs à la senteur de lavande.

Tout penaud, Ariel retrouva ses copains qui, bien qu’ayant eu vent de sa mésaventure se gardèrent bien de se moquer de lui. Aidé de sa fée marraine il devint un lunatique comme les autres, un garçon aimable et prévenant sans plus aucune ambition de commandement.

La belle Tethys qui lui faisait les yeux doux avant son expédition nocturne le snoba pendant quelques jours. Il faut dire qu’amitiés et amours enfantines n’étaient pas rares sur la planète, mais ces sentiments étaient vécus sans jalousie ni rancœur. Alors la douce amie du petit rebelle vint lui tendre la main et déposa un baiser délicat sur sa joue humide.

Tellement heureux d’avoir été ainsi pardonné il prit l’initiative, soutenu par sa marraine, d’accueillir les nouveaux arrivants.

Arriva ainsi une cohorte colorée d’enfants affamés, tristes et apeurés. Ils laissaient derrière eux, coups, privations, terreurs de pays en guerre. A ce jour, toutes les origines et ethnies avaient leurs représentants sur la lune.

Les fées avaient élu certes les plus malheureux, mais surtout elles souhaitaient créer un peuple avec toutes les qualités humaines, en ayant soin de laisser tous les travers aux terriens qui avaient saboté leur planète et perdu tout sens de la véritable humanité.

Les petits lunatiques vivaient pour le plaisir de vivre sans complication ni envie des autres, ils évoluaient naturellement sans calcul ni méchanceté. Un bonheur simple était leur quotidien dans l’érudition, la création, le plaisir du partage des connaissances et des découvertes sans ambition ni esprit de compétition. Ils ne connaissaient que l’amour, le respect des autres et le besoin d’entr’aide pour les plus fragiles.

 

Un peu de rêve dans un monde de brutes… C’est une telle nécessité pour les plus démunis…ceux qui n’ont jamais connu quelque bonheur que ce soit…

 

Quel gâchis avait été perpétré par l’homme ayant sabordé sa propre planète en y détruisant les espèces qui y foisonnaient et en ne respectant ni ses semblables ni leur environnement. La course frénétique au pouvoir et à la richesse, sans soucis des catastrophes que ce comportement engendrait, en avait fait une terre misérable ou espèces en tout genre et humanité avaient amorcé une extinction de cette civilisation qui était pourtant pleine de promesses extraordinaires.

 

Chers terriens s’il est vrai que nous avons plusieurs vies n’oubliez pas ! Lorsqu’ une autre existence vous ramènera sur la planète bleue faites-en ce lieu de tous les bonheurs ou chacun aura sa place ainsi que les petits lunatiques de cette histoire empreinte de naïveté ou peut-être d’une lueur d’espoir tout simplement…

 

KIKA  8 septembre 2021.



04/10/2021
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