Les mots de Montpellier

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Atelier 18 - 2019 - 4ème sujet

« Disparition »

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 La lieutenant Naëlle inspecte l’environnement, elle passe près du Menhir « SORCER* » avec Kilian, son collègue, ils cherchent le moindre indice qui les mettrait sur une piste pour faire avancer l’enquête sur la disparition de l’enfant de 8 ans.

 

Toutes les alertes ont été données. La procédure enclenchée le premier jour, Elle est inquiète car depuis 3 jours rien ne se profile.

Le père de l’enfant a déclaré : 

« Après avoir mangé une crêpe sur le port, nous sommes allés vers le phare. Alix heureux courrait sur la jetée et riait aux éclats. Des bateaux de loisirs amarrés là tanguaient sous les rafales du vent, les mats cliquetaient. On apercevait l’ile « de Robinson  comme il l’appelle. J’ai commencé à discuter avec un copain du port et peu après Alix n’était plus là. »

Depuis la lande Naëlle regarde l’ile désertée à cette époque de l’année, fouettée par l’océan atlantique de ses vagues houleuses. L’équinoxe est proche. Si elle n’était préoccupée par cette foutue disparition, elle resterait des heures à admirer ce paysage mouvant, tourmenté, rageur et fascinant.

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Mais elle se détourne, maudit au passage le Menhir silencieux, les ajoncs et les bruyères stériles et repense au témoignage d’un pécheur assis sur la jetée : L’enfant était vêtu d’un vêtement de pluie roi avec des bottines assorties et un petit sac à dos.  Visiblement excité par le temps tumultueux, il n’avait cessé de courir et de sautiller jusqu’au moment où échappant à l’attention de son père en grande discussion avec un homme, il avait quitté la jetée pour prendre le chemin qui passe au nord du « SORCER*» et amène à la forteresse ancrée dans les falaises. Le vent marin avait redoublé et un autre pécheur avait aperçu Alix dévaler le sentier escarpé vers la crique des « sauvages » aux roches presque violettes, visqueuses recouvertes de coquillages.

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Naëlle entreprend la descente vers la crique avec prudence accompagné de Kilian. L’air chargé d’un crachin iodé cingle le visage et le sol glisse. Elle ferme sa capuche. Kilian fait de même. On voit juste leurs yeux. Arrivés sur la plage, ils examinent minutieusement l’endroit assez resserré entre deux blocs de granit. Aucune de trace de passage de l’enfant. Aucun objet.

Ils remontent en se disant qu’il va falloir relancer les opérations de recherche en mer.

 

Essoufflés ils rejoignent la zone explorée depuis le matin. Leur voiture de police est là. Ils partent sans gyrophare. Le bruit de l’océan les a assourdis et ils sont vides d’informations. Ils rentrent à « l’usine » le cœur n’y est pas…ils ne pourront qu’assurer, selon la formule consacrée, que « tout est mis en œuvre pour retrouver l’enfant » sans aucun argument… « Qu’il ne faut pas penser au pire » etc. et ce n’est pas du tout satisfaisant.

Si au moins une indication mettait un peu de concret dans tout ça. Mais Non ! Rien ! Nada ! Kilian et elle vont affronter l’angoisse des parents dès leur retour au commissariat. Naëlle irait bien à la taverne boire de l’hydromel ou du Lambig avec Kilian…comme hier et tous les soirs de cette semaine. La pression est si forte. L’alcool les anesthésie pour quelques heures.

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Pour l’heure, l’urgent est de rassembler ses forces pour pousser les portes du commissariat comme pour entrer dans une arène. Naëlle a horreur de ces moments où il faut annoncer aux parents qu’il n’y a rien de nouveau, elle voit fondre l’espoir dans leurs yeux agrandis par l’horreur à l’idée de la mort possible de l’enfant. Kilian lui tape doucement sur l’épaule… « On y va » dit-il d’une voix sourde…

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Ils prennent en pleine face la photo de l’enfant comme un reproche à leur impuissance, le désespoir des parents, les larmes, la douleur…toute cette incertitude devenue insupportable. Naëlle a la nausée.

Pour la énième fois Kilian relit le rapport des circonstances de la disparition, il a envie de taper sur les murs, il fait craquer ses doigts. Il faut tenir le coup, ne négliger aucun scénario…passer outre les critiques de la presse, les rumeurs, les conversations de café du commerce…et ouvrir son esprit à toutes les éventualités.

La nuit va être longue. Pas de taverne ce soir. Un double expresso, un sandwich rassis, et faire table rase de tout ce qu’ils savent sur ce fait, envisager d’autres pistes même ce qui parait absurde…

Naëlle se balance sur son siège d’avant en arrière, elle exaspère Killian qui essaye de se concentrer sur les données informatiques. Pas le moment de se prendre le bec. Il passe outre. Il fixe l’écran, fait défiler toutes les pages susceptibles de contenir un tout petit rien qui lui aurait échappé.

Naëlle se lève d’un bond et vient derrière lui. Elle a mal aux yeux. Il faut retrouver l’Enfant Vivant !! L’Enfant Vivant !!

Des heures interminables passent…des jours, des mois…à retourner les questions dans tous les sens, à recueillir des témoignages fantaisistes, à re questionner les témoins réels, à faire grossir le dossier de paperasses multiples et à rendre fous les parents, sans trouver le moindre indice solide.

Naëlle commence à croire à la légende qui raconte que l’ANKOU** circule vers le Menhir « SORCER*»,

 

 

 

Killian lui dit que la fatigue l’aveugle, que ce sont des balivernes et qu’il faut se résoudre à classer l’affaire dans les disparitions non élucidées aussi navrant et tragique que ce soit.

Elle se résignera à cette conclusion au bout d’une année, le découragement l’emportera. Killian de même. La famille ne s’y résoudra jamais, dépensera des fortunes en détectives privés sans aucun résultat, le père rongé par le remords de cette promenade funeste sur le port et la mère anéantie par ce vide sans aucun sens poursuivront leur vie comme deux automates, le cœur dévasté.

Claudine.

 

 

« SORCER* » Sorcier en Breton

« ANKOU** » l’Ankou est l’ouvrier de la mort



22/10/2019
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