Les mots de Montpellier

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Atelier 18 – Sujet 2 - Photo – Le Château d’Amboise

 

Mona Lisa et Anne de Bretagne

 

Ce  25 juillet 2019, La Joconde s’ennuie au Louvre. Elle a envie de voyager. Depuis qu’elle est là figée dans cette même pose avec son sourire mystérieux, légèrement « sfumata », elle a beau faire l’admiration des visiteurs par milliers, être une icône idolâtrée par certains, une convoitise pour d’autres, dont les escrocs en tous genre, un sujet de polémique pour les spécialistes en œuvres d’art, ha si elle pouvait ! Elle baillerait bouche grande ouverte.

 

Depuis des siècles elle n’a jamais eu l’occasion de bouger le moindre petit doigt, elle rêve de s’échapper de ce tableau.

 

Et voilà qu’elle vient de recevoir une invitation volatile et inattendue d’Anne de Bretagne pour rejoindre le château d’Amboise pour le 5éme anniversaire du centenaire de L. de Vinci. Anne de Bretagne, elle aussi coincée de longue date dans une toile, moins célèbre  mais plus aristocratique, aimerait se défaire de ses atours ankylosant et se distraire à cette occasion.

 

Elle souhaiterait être accompagnée par Mona Lisa, toutes deux ayant un fort lien avec Le Vénéré L. de Vinci.

 

Mona Lisa pour avoir patiemment posé comme modèle pour le Grand Artiste et être devenue une célébrité  et  Anne de Bretagne pour avoir foulé la Chapelle Saint Hubert qui était son oratoire, désormais royale voisine du tombeau du Grand Homme.

Anne de Bretagne voudrait participer avec Mona Lisa au grand bal Renaissance fastueux du Château Royal ce soir, retrouver les rythmes musicaux et danses de l'époque… et peut-être emprunter le souterrain qui relie le Château du Clos Lucé et le château d’Amboise comme le faisait parait-il François premier pour rejoindre L. de Vinci qui le fascinait. Elles  lui rendraient ainsi hommage.

                                                   

Mona Lisa, profitant que le gardien de la salle du Louvre où elle est exposée s’éloigne, s’extirpe avec précautions de la toile, sa robe bruisse un peu, mais n’est pas audible pour les oreilles humaines du XXI siècle… elle est fantomatique. Belphégor, qui a échappé à toutes les polices, lui permet d’ailleurs de franchir tout ce qui est infranchissable et la voilà dans la rue, invisible aux passants qui, sinon, seraient sidérés !

En quelques vols d’oiseaux elle se retrouve au Château d’Amboise.

Sortie de son cadre rigide grâce à un tour de magie blanche de son Ange Gardien, Anne de Bretagne l’attend, dans un cabinet dérobé, en robe de velours rouge aux manchons d’hermine, son regard clair séduit immédiatement Mona Lisa. Sans révérence, elles s’embrassent.

Anne de Bretagne  explique alors que l’heure du bal approche, la foule est dehors, et il faut se préparer.

 

Pour profiter au mieux de leur escapade et ne pas être reconnues, elles doivent changer de tenue. Elles quittent leurs habits dans un boudoir désaffecté et appellent une Fantômette  pour leur trouver des parements dignes de cette cérémonie et les rendre méconnaissables.

Les voilà transformées, savamment habillées, avec de plus un chevalier servant…

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Elles rejoignent la salle de bal pour une folle nuit de danses. Le décor est grandiose, les costumes riches et raffinés, la musique joyeuse. Infatigables, elles rattrapent des siècles d’immobilité. Elles sont ardemment courtisées comme des hauts personnages de Cour sans que personne ne sache rien de leurs origines. Anne de Bretagne retrouve des souvenirs flamboyants et Mona Lisa en oublie sa classe moyenne de femme de marchand italien, qu’il est bon d’être adulée !

 

Rien de ce qu’elles voient ne les étonne : à travers les défilés de visiteurs, les périodes de  constructions, de destructions, d’aménagements, les mille et une aventures de leurs lieux de résidences respectives, elles ont suivi toute l’évolution de la société des humains !

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Quel plaisir immense de se mouvoir, de virevolter, de se laisser emporter par des bras vigoureux… seuls comptent ces instants…                          

 

Mais voilà venue l’heure de s’éclipser par le souterrain si elles veulent se recueillir sur le tombeau du Vénéré L. de Vinci. Profitant d’une pause des musiciens, elles s’esquivent… Elles se débarrassent de leurs robes de fête dans un couloir déserté (toujours avec l’aide de Fantômette) et revêtent des caleçons longs et des chaussures de marche. Après un certain temps, elles arrivent à la chapelle Saint Hubert où se trouvent la sépulture de L. de Vinci, et qu’elle n’est pas leur surprise de le voir assis, longs cheveux et barbe blanche, l'œil malicieux, en train de peindre le  portrait de  Mona Lisa  et celui de Anne de Bretagne dans des versions inattendues…

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« Je vous attendais, leur dit-il,  et OUI,  je m’essaye à des nouveauté en cette nuit si particulière, ni les humains ni leurs outils sophistiqués ne peuvent me détecter. Visionnaire, j’étais ! Magicien je suis  pour une brève parenthèse de vie parallèle  !

 

Vous n’êtes pas les seules, mes belles, à vous ennuyer en tant qu’œuvres assujeties au patrimoine culturel ! moi aussi, je n’ennuie, sans compter le froid, le silence de nos états mortels, nous avons justes quelques courtes rechutes de vie. Profitez bien de celles-ci, car vous n’en aurez pas d’autres avant bien longtemps. Ce 25 juilllet est une opportunité unique pour vous deux. »

 

Mona Lisa et Anne de Bretagne s’assoient sur la dalle, abasourdies autant par la présence du Venéré Grand Maître que par son enseignement. Elles auraient bien poursuivi leur fugue vers d’autres échappées, en lieu et place de quoi elles sont condamnées à retourner à leur condition de « Biens Historiques et Artistiques ».

 

Elles prennent donc congé de leur Hôte qui s’évanouit avec son matériel dans les rayons diaphanes d’un vitrail. Elles traversent la chapelle. Au sol, seules restent quelques fleurs de lys effacées par les pas et le temps…Elles s’agenouillent et attendent l’inéluctable…

 

Quand Le Musée du Louvre et le Château d’Amboise ouvrent leurs portes et qu’une longue file d’amateurs d’art avance peu à peu, les deux Gentes Dames ont réintégré chacune leur Toile. 

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Les livres d’histoire racontent les vies de ces Grandes Dames selon une certaine vérité historique mais l’une et  l’autre avec la complicité du Vénéré L. de Vinci ont écrit une page inédite.

 

Clohe



14/10/2019
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