Maridan-Gyres

Maridan-Gyres

Atelier 2 - 2024 - sujet 1

J’étais arrivée là tout à fait par hasard.

J’avais beaucoup marché, et j’étais épuisée.

J’avais frappé à la porte à plusieurs reprises sans aucune réponse.

Sur le paillasson en coco j’avais laissé mes sabots humides.

La porte étant entr’ouverte, je tentais de m’avancer dans cette pièce pour le moins étrange.

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Je ne voulais pas être indiscrète, ni intrusive, mais ma charge de fatigue était telle, que la seule vue de ce lit majestueux, de ces coussins moelleux m’attirèrent avec force indomptable.

La douceur bienveillante des lumières aux abat-jours brodés, enrobait la pièce d’une aura exceptionnelle, envoutante.

Morphée sans aucun prélude m’attira dans ses bras voluptueux.

Et je sombrais.

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D’abord la belle au bois dormant, qui ne dormait que d’un œil, vint s’assoir à côté de moi pour me questionner sur les derniers potins concernant le prince charmant et ses galipettes dans les boites de nuit du domaine.

Oh ! Je ne lui fis aucun commentaire !

Les infidélités princières ne sont pas plus honorables que les ouvrières !

Bien sûr qu’il tardait à venir !

Mais que voulez-vous ?

Il a fort à faire !

Il faut que jeunesse passe.

Elle repartit sur sa couche silencieuse mais déçue.

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Le Petit Chaperon Rouge qui avait gardé sa capeline sur le dos, me secoua le bras en me proposant du beurre !

Elle me prenait pour sa grand-mère la gamine.

Bien vite je lui conseillais de se méfier du grand méchant loup.

Mais la jeunesse est inconsciente et elle repartit aussitôt sur son rayon sans penser à refermer le livre.

Le Loup pouvait y entrer à tout moment.

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Blanche Neige qui avait fait la soupe pour ses sept nains, vint spontanément m’en proposer un bol.

Un velouté de champignons bien chaud et parfumé !

Quelle délicatesse !

Elle voulait prendre soin de moi avec douceur et tendresse.

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Mais Grincheux, passant par-là, interrompit sa gentille collaboration.

Je poursuivais avec délice mon sommeil et les coussins bien chauds entouraient ma tête.

Mon être las s’enfonçait, s’enfonçait très profondément dans les pages du lit et les mots, les plus doux surtout, calmaient mes muscles durcis par la longue marche.

Mon pauvre corps épuisé avait disparu englouti par le papier velin de ce gros volume ouvert.

La couverture en était sans dessus-dessous.

Les fables de la Fontaine ayant terminé d’énoncer leur morale se chamaillaient, cherchant à savoir laquelle d’entre elles serait au tableau du jour :

Rien ne sert de courir, il faut partir à point, (le Lièvre et la Tortue)

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Apprenez que tout flatteur vit au dépend de celui qui l’écoute (Le Corbeau et le Renard)

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Patience et longueur de temps, font plus que force ni que rage (Le Lion et le Rat)

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En toute chose, il faut considérer la fin (Le Renard et le Bouc)

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Bien mal acquis ne profite jamais, ah mais non !

Ce n’est pas une sœur à nous celle-là ! Virée ! Non mais des fois !

Les fables berçaient mon sommeil profond, leurs discussions telles un ronronnement, emplissaient la chambre d’une mélodieuse symphonie.

Les images dansaient dans mes yeux clos, tout se mélangeait, le festin de Blanche Neige, les inquiétudes de la Belle au Bois dormant, le camembert du Corbeau, les cornes du Bouc, la crinière au Lion, la carapace de la Tortue…

Hissés sur les étagères du haut, les romans guettaient mon sommeil, attentifs à ne pas me déranger.

Les fictions elles, n’en menaient pas large, un esprit plus tordu que le leur pouvait s’éveiller à tout moment…

Leurs mots avaient enfin calmés mes maux…

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Une bonne odeur de café mêlée à celle des croissants chauds vint caresser mes narines, alors que mes bras engourdis brassaient les mots qui couvraient mon corps ressuscitant.

Les lettres glissaient entre mes doigts puis disparaissaient tout à tour.

Essuyant mes yeux gonflés par ce profond sommeil, j’émergeais tout doucement.

J’avais très envie de rencontrer le locataire de ce lieu, sûrement auteur de ce petit déjeuner impromptu et appétissant.

Je glissais lentement au sol.

Intriguée et inquiète.

Mes pieds nus sur le parquet ciré me rappelaient le sol de ma petite chambre d’enfant.
Autour de mes yeux ébahis, tout avait disparu.

Adieu le capharnaüm.

Plus de bibliothèque, de bureau et de siège,…

Plus de milliers de livres rangés sur les rayons.

Au mur des posters de mes chanteurs favoris.

Les rideaux fleuris de la fenêtre laissaient filtrer les rayons du soleil hivernal

Seul, mon ordinateur abandonné sur le meuble d’angle, réclamait une recharge de batterie et mon manteau mouillé posé négligemment sur la chaise de paille, prouvaient que j’avais eu une vie, avant.

Puis, du fond de la cuisine, la voix chantante de maman qui crie à pleins poumons :

 

  • Debout, Ma chérie, il est temps de te lever, c’est bientôt l’heure de partir en cours…

 

Shunt



26/01/2024
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