Les mots de Montpellier

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Atelier 20 - 2019 - Sujet 1

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Elisa, allongée sur son lit près de la fenêtre, respire avec précaution comme pour ne pas effrayer le sourire de connivence de la  pleine lune éblouissante.  Tout est si calme. Elisa reste fascinée un long  long moment jusqu’à ce qu’une rafale de  vent persiflant  fasse claquer les volets, brise le silence et tourmente le ciel. La face éclairée de la lune s’étire, perd ses contours, s’effiloche en morceaux de voile de mariée puis laisse place à un lac bleuté aux légères bulles floconneuses.

 

Elisa voit alors apparaître le doux visage de sa mère, Marina, auréolée de sa belle chevelure brune, si reposée, si abandonnée, sa peau laiteuse, un peu rosée à travers le tissu transparent de son chemisier. Elle semble dormir dans un univers impalpable.

 

Elisa se rappelle alors comme elle aimait rester auprès de sa mère quand elle prenait son bain, fenêtre ouverte à la belle saison, ses cheveux étalés sur les rebords de la baignoire. Elle  jouait  avec la mousse l’écartant, la repoussant de ses pieds puis la ramenant vers elle en la  tapotant de ses mains graciles aux ongles nacrés. Comme elle était belle ! Elle riait parce que le chat longeait la baignoire en miaulant intéressé par cette proie insaisissable, l’eau écumante !

Elisa pouvait rester sur le petit banc de bambou dans la salle de bain, elle coiffait sa poupée préférée et s’amusait à  changer ses habits, juste heureuse de ce moment rien qu’à elle avec sa mère peu  avant le repas, certains doux soirs d’été.

 

Et puis  Marina  attrapait son peignoir de bain sortait de l’eau en éclaboussant le chat, toujours en riant et Elisa aurait voulu que ces moments ne finissent jamais.

Et voilà que Marina avait peu à peu  perdu sa bonne humeur sans que l’on sache vraiment pourquoi. Après quelques mois de grande mélancolie, elle était partie sans prévenir personne. Elle avait disparu un soir de novembre quand  la palette de la campagne aux bordeaux foncés, aux marrons chauds, aux rouges insolents, aux mordorés joyeux se ternit, que le gris s’installe, et  que la nuit tombe vite.

Depuis, Elisa, à chaque pleine lune fixe le ciel mystérieux jusqu’à ce que se produise le miracle : Retrouver ce visage tant aimé dans cette paix lumineuse sans pouvoir le prendre dans ses mains, sans pouvoir le caresser, mais le mettre dans son cœur et raviver les instants chantants, colorés, parfumés d’antan.

 

Clohé



11/11/2019
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