Les mots de Montpellier

Les mots de Montpellier

atelier du 26/06/2013

J’entends le souffle du vent qui murmure à mon oreille,

Et je m’imagine papillon virevoltant sur ces vagues d’air.

 

J’entends la musique de la ville, fracas étourdissant

Et je m’imagine, bombe à neutron pour tout détruire

 

J’entends le ressac de la mer sur les falaises de Bonifacio,

Et je m’imagine sirène voguant sur le dos d’un dauphin

 

J’entends Renée Fleming qui chante,

Et je m’imagine seule avec toi sur une île déserte

 

J’entends les gazouillis des oiseaux,

Et je m’imagine arbre tendant mes bras pour recevoir leurs nids.

 

J’entends l’eau cristalline de la fontaine

Et je m’imagine reinette sautillant autour du joli bassin

 

J’entends le rire des enfants

Et je m’imagine Mélusine pour les faire rêver

 

J’entends les cris des parias de la Terre,

Et je m’imagine tendant mes bras pour les apaiser.

 

J’entends ta voix

Et je m’imagine musique pour toi

 

J’entends la pluie qui tombe sur le toit,

Et je m’imagine goutte d’eau qui roule sur ta peau.

 

J’entends ton cœur qui bat

Et je m’imagine au creux de tes bras.

 

J’entends le chant des sirènes

Et j’imagine que c’est l’heure du trépas.

 

Maridan, 26/06/2013

 

 

3)

 

La femme est brune, les cheveux aussi noirs que l’ébène. Le regard est froid. La haine qui couve au fond de ses yeux rebute tous ceux qui pourraient avoir envie de l’aborder. De loin, c’est une jolie fille. Des longs cheveux qui lui couvrent les reins, une silhouette gracile, des gestes harmonieux. Mais tout ceci disparaît dès que vous croisez son regard.

 

Au village les hommes, lorsqu’ils sont entre eux, l’appellent la Veuve Noire. Elle est née à Muno, le village fantôme au-dessus de Murzu. La route pour y accéder est périlleuse, coincée entre montagnes et précipices. Ici les indépendantistes ne veulent pas être envahis par les pinsutes. Alors, pour éviter le passage des fâcheux, ils recouvrent les panneaux de signalisation de cadavres de sanglier.

Oh, ce ne sont pas des fadas, ils gardent la viande. Mais laissent sur les panneaux les peaux et les têtes qui fixent les moins courageux de leurs yeux vitreux, les invitant ainsi à un demi-tour rapide et à faire du tourisme ailleurs ! Images de mort violente qui rebutent les moins courageux.

 

C’est au milieu de ceux-là que Sarah a grandi. À l’époque de sa naissance, quinze familles vivaient là. Aujourd’hui, il ne reste que le facteur. Même elle a quitté le village desservi à présent par les chèvres. À présent, elle vit à Vico et rien que d’y penser, le feu de la colère l’embrase à nouveau. « Fils de puta ! » Elle le tuera, elle donnera ses tripes à ses cochons. Il se terre le pleutre, mais elle le retrouvera. Il lui reste toute une vie pour y parvenir.

 

Mais avant, elle va se charger de la fille. Une pinsute ! Ce bâtard l’a quitté pour une pinsute ! Il se croit libre l’imbécile. Il est mort, simplement il l’ignore encore. Elle n’a pas de plan, juste une carte postale qu’il a envoyée à sa mère pour lui dire de lui pardonner, la honte qu’il lui a mise au village, et qu’un jour, il reviendrait la voir.

 

Deux ans ! Elle avait attendu deux ans, mais il n’était pas revenu. Sa mère était morte de honte et de chagrin. Alors, c’est elle qui lui a fait ses funérailles. Sa mère avait été bonne pour elle. Elle l’avait consolée, lui avait offert son épaule, les soirs de grands chagrins. Elle lui avait fait construire un joli mausolée, avec l’argent de sa dot, face à la montagne qu’elle aimait tant.

 

C’est en rangeant ses papiers qu’elle avait trouvé la carte postale. Ce pourri vivait à Nice, elle allait le retrouver, ce n’était plus qu’une question de temps. Il allait payer le tribut de sa trahison. Un sourire cruel se dessina sur son visage. En deux ans, elle avait appris le poids de la haine. La bile qui t’inonde la gorge, le ventre qui se tord sous l’effet de la douleur, le feu qui te consume quand la peine se meurt et que la colère apparaît. Aujourd’hui, elle n’était plus qu’une arme chargée prête à faire feu et ce salopard allait apprendre, lui aussi, le prix de la souffrance. Elle prendrait son temps ! Qui va piano va sano.

« Tu pleureras, je te le promets ! »

Elle a parlé haut et tous les regards convergent vers elle. À Vico les hommes se sont habitués à ses éclats. Quand sa colère atteint son paroxysme, elle l’exprime haut et fort. Une fois de plus, le flot de sa haine a jailli dans un cri.

« Oh oui, tu vas pleurer ! »

Ils savent tous qu’elle prend le bateau ce soir pour le continent. Et tous plaignent le pauvre diable. Ils savent que si Sarah le retrouve, Gégé finira dans un bain de sang. Mais que faire face à une telle furie ?

 

Orgueilleuse, elle se redresse, les fusille du regard et se dirige vers son auto qu’elle a garée sur la place au pied de la statue du curé.

 

« Prie curé ! Prie pour mon âme, car pour moi, demain, il n’y aura plus de salut possible. Je m’en vais tuer les deux pourceaux qui ont sali mon honneur. Je m’en vais leur apprendre comment on vit chez nous. »

 

Elle monte dans l’automobile et prend la route d’Ajaccio. Elle y sera dans moins d’une heure. Elle a réservé une cabine pour la nuit. Demain à 7 h elle arrivera au port de Nice. Après, elle commencera ses recherches. Chercher un serveur ne sera pas difficile. Elle sait que sa vengeance est à portée de main, le temps n’a plus d’importance pour elle. Elle prendra le temps qu’il faut

 

Elle se revoit trois ans plus tôt. C’était le Quatorze Juillet, la fête battait son plein. Avec des amis, elle était partie jusqu’à Piana faire la fête avec les pinsutes. Elle aimait leur faire tourner la tête. Lorsqu’elle s’élançait sur la piste pour danser, pas un homme ne pouvait résister. Ses longs cheveux virevoltaient tout autour d’elle au même rythme que ses jupes qui s’élevaient en corolles tout autour de ses jambes menues et parfaitement galbées.

Ils étaient nombreux les prétendants qui étaient venus voir son père pour lui demander sa main. On ne rigolait pas au pays avec ce genre de chose. Il faut dire que ses deux frères et son père n’étaient pas des comiques. C’étaient de vrais Corses, des hommes de cette terre, de ceux à qui on donne le respect sans réfléchir parce que chez eux, c’est inné l’autorité ! Ses frères avaient passé le mot à tous les jeunes du village. Pas question de fricoter avec la sœur, sans avoir vu le père avant. Et si ni lui, ni les frères ne donnaient leur accord, pas question de passer outre, ce serait une question de vie ou de mort.

 

Son père l’avait mise aux nues, il adorait sa fille, parce qu’elle lui rappelait sa chère épouse, trop tôt disparue. Elle était morte en couches, en lui donnant naissance à elle, la seule fille de la famille. Avant de s’éteindre, la brave femme avait fait promettre au père qu’il autoriserait sa fille à faire un mariage d’amour. Un mariage comme ils avaient eu.

 

Ses parents s’étaient croisés dans les pâturages du lac de Créno. Sa mère y avait conduit son troupeau de vaches quant au père, il était venu pique-niquer avec des copains chasseurs. Il l’avait vu approcher à contre-jour. Et le coup de foudre avait été immédiat, dévastateur, de part et d’autre. Il avait résisté à ses sentiments car la belle lui avait clairement fait comprendre qu’il lui plaisait. Sans doute n’aurait-elle pas été très farouche. Mais lui avait voulu respecter les règles corses. Cela avait beaucoup amusé les copains.

 

Mais pas lui. Il avait tenu à la reconduire chez elle. Et le jour même, il demandait à son père l’autorisation de la marier. Il avait l’honneur dans la peau. Sa femme serait vierge ou ne serait pas. Chez lui au village, on montrait à la fenêtre, les draps de la nuit de noces. Et ils se devaient d’être rougis par le sang de la vierge.

 

Elle repense à tout cela tandis qu’elle approche de Nice. Cette nuit du 14 juillet est là, elle aussi. Elle l’avait vu descendre d’une belle auto de sport blanche. Lui-même portait un costume blanc. Il était beau comme un dieu, mais il l’avait fait rire tout de blanc vêtu. Les amis s’étaient moqués de lui et elle aussi. Puis, la musique les avait entraînés sur la piste de danse. Au bout d’un moment, il était venu pour l’inviter.

 

Aussitôt les frères s’étaient rapprochés de lui.

« Dégage Pinsute ! Ouste, du balai ! »

« Pardon ! »

« Tu n’as pas compris ? File, ici on ne plaisante pas avec la vertu. Alors tu laisses notre sœur tranquille, ou crains notre colère. »

 

Il s’était éloigné en haussant les épaules, mais de toute la soirée, il ne l’avait pas quitté des yeux. Elle s’était sentie encore plus désirable que d’habitude. Il lui plaisait ce gars, et elle aurait bien aimé flirter un peu avec lui. Soudain, elle l’avait vu s’éloigner, mais sans sa voiture. Elle l’avait suivi du regard et, elle l’avait vu prendre le chemin qui menait à la crique de Ficajola. Elle avait attendu, un long moment que les frères aient bien bu, puis discrètement, elle avait pris le même chemin. Se cachant derrière les portes-cochères, s’enfonçant dans la nuit sur les traces de celui qu’elle espérait retrouver au bord de l’eau.

 

Elle avait mis un peu plus de vingt minutes pour rejoindre la crique. Il était là. Il était parti se baigner. Elle s’était cachée derrière l’une des cabanes de pêcheurs. Elle l’avait vu sortir de l’eau nu comme un ver. Il avait un corps harmonieux et doré. La lune était pleine ce jour-là, et elle pouvait l’admirer à loisir. Soudain, elle avait entendu des pierres rouler. Elle s’était cachée plus soigneusement. Quant à lui, il avait foncé dans l’eau.

 

Ses frères et deux copains étaient arrivés.

 « Où est ma sœur, Pinsute ! »

« Pas ici en tout cas ! »

« Heureusement pour toi sinon nous t’aurions saigné. Tu ne l’as pas croisé en descendant ? »

« Non, je suis là depuis presque une heure et je n’ai vu personne. »

« Si ru la vois, n’y touche surtout pas ! »

Il n’avait pas répondu. Visiblement, mes frères ne lui faisaient pas peur. Terrorisée, je ne bouchais pas même dix minutes après qu’ils soient partis. Soudain, il parla :

 

« Je pense que tu peux sortir à présent. J’ai vu les phares de leur auto s’éloigner et il n’y a plus de lumière jusqu’à la route. Je sais que tu es là, je t’ai entendu descendre et te cacher derrière la cabane. Tu as aimé ce que tu as vu ? »

 

Il éclata de rire, et elle fut bien contente que la nuit noire dissimule sa rougeur.

ficajola.jpg
 

« J’étais venue me baigner, quand je vous ai vu, je me suis cachée. »

« Viens me rejoindre ! »

« Es-tu fou ? Mes frères te tueront. »

« Encore faudrait-il qu’ils le sachent ! Tu vas leur dire ? »

 

Je ne sus que répondre. À mon tour j’ôtai mes vêtements et je plongeai. Je portais un maillot une pièce noire. Il vint me rejoindre.

 

« Tu es belle, et tu le sais. J’ai vu tous les jeunes coqs du village qui te tournaient autour. Tes frères sont très attentifs et réagissent très vite dès qu’un mec approche. J’espérais que tu m’avais vu m’éloigner. Je t’attendais.

 

Maridan 26/06/2013

 



10/01/2014
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