Les mots de Montpellier

Les mots de Montpellier

Départ 26/09/2013

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L’objectif est fixé. Le temps presse. L’eau monte peu à peu, lui lèche les chevilles. Le sable mou s’enfonce sous ses pieds. La marche sera longue et se fera seule. Au rythme de la marée, au rythme de la lune, déjà présente. Ronde et puissante.

 

Sarah ne sait pas où elle va. Elle sait juste qu’il lui faut avancer sans se retourner. La tête baissée, les yeux fixés sur l’eau salée, elle pense. Ses idées vont la suivre puis s’épuiser. A la mesure de ses pas, sa vie va changer. Son départ laissera des traces et du chagrin dans les yeux des plus proches.

Dans ceux de l’enfant qui grandira loin d’elle.

Dans ceux de l’amant, qui, déjà, pleure son absence.

 

C’est décidé, elle quitte ce monde qui ne lui va plus. L’enfant n’est pas le sien. Quand bien même elle l’aurait mis au monde, elle le quitterait lui aussi. La vie ici lui est insupportable. Trop de bruit, de promesses non tenues, de faux semblants.

Un rythme fou, une course insensée ont fait monter trop haut les battements de son cœur. Alors, pour qu’il ne s’arrête pas de battre, elle préfère renoncer à ses projets. Ceux qui l’ont privée de l’instant. Elle préfère arrêter ici et que les pages du destin jusque là écrites laissent l’espace libre à ce qui s’en vient. Au vide, au manque, au rien.

 

Elle a la chance qu’on l’attende. Ailleurs.

Elle le sait sans pouvoir rien en dire. Elle le sent surtout.

Elle ne fait  qu’obéir à son ventre et laisse perler sa déchirure, l’écoute.

Et la voix monte. Au début c’est juste un murmure, ça chuchote, ça bruisse doucement. C’est comme un chant sans parole. Un champ de silence. Ce sont tous les silences, depuis sa naissance, qui s’élèvent et dessinent le sens. La direction.

 

Là où elle va, ça n’est pas loin. C’est juste ailleurs et ça donne la place à ce qu’elle perd. Trop de chaleur, d’attachement, de dépendance. Elle crie sa douleur d’abandonner sur ces rivages tout ce qu’elle connaît.

Mais la force est là. Nouvelle. Intacte. Jamais utilisée. Et elle grandit au milieu de la nuit qui tombe sur la lune rouge. La voilà qui prend tous les risques et progresse un peu encore vers les fonds.

Maintenant, c’est Sarah qui se met à chanter. D’une voix qui n’est pas la sienne. Qui échappe à sa raison et se confond avec la danse généreuse des étoiles.

 

On sonne. Le monde bourdonne à ses oreilles et l’arrache à son sommeil. Lentement elle ouvre les yeux sur le gris métallique, troué de noir de la technique.

 

Frédérique

 



26/09/2013
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