Les mots de Montpellier

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Les jours d'été

Elle avait plié soigneusement le tablier, l’avait rangé au-dessus de la pile de draps roses, sur l’étagère du haut. L’armoire était large et pleine. Beaucoup de linge froissé, mais aussi des nappes et des torchons repassés. Classés par couleurs. Beaucoup de cahiers, de livres empilés, de magazines à déchirer ; de cartons contenant des boîtes remplies de perles, de crayons de pastels. Et puis ça sentait bon là dedans. La lavande, sans doute. Cette armoire appartenait à la grand-mère. Elle était située au grenier, à côté des malles remplies de robes de dentelles, de draps de soie. Des malles débordantes de vieux journaux, de lettres d’amoureux, de photos de famille. Ces malles, trop anciennes, ne fermaient plus. Chacun pouvait donc les ouvrir et fouiller, à son gré. Les enfants, chaque été, s’en donnaient à cœur joie. On avait du mal à les faire redescendre de là-haut. Ils adoraient y jouer les jours où il pleuvait, les jours où le temps ne leur permettait pas de courir après les papillons, les libellules et les grillons.

L’eau limpide de la pluie glissant sur les carreaux apaisait leur fureur. L’heure n’était plus à la course ni à la rigolade. C’était le temps des gestes lents. On feuilletait les lettres, on les lisait. On ouvrait les albums, on questionnait. On découvrait des secrets, on chuchotait. On se déguisait avec les robes de grand-mère, les bustiers d’antan. On fredonnait de vieilles chansons, on écoutait le vent, la fuite du temps.

Les journées s’allongeaient pour ne plus finir. Sans personne pour en désespérer.

Sans personne pour le regretter.

 

Frédérique-26-8-13



12/11/2013
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