Les mots de Montpellier

Les mots de Montpellier

Atelier 4 - 2019

Sujet 1

Et si c’était la chance de ma vie ?

 

« Magasin de prêt-à-porter féminin recherche vendeur expérimenté. » Pas banal comme annonce se dit Léo. Il ne veut pas sembler terre à terre, mais il n’en revient pas de voir que cette enseigne qui a pignon sur rue décide tout-à-coup de faire appel à du personnel masculin. Lui, dix ans d’expérience en tant que professionnel de la mode, a connu son premier revers (joli jeu de mots pour quelqu’un qui travaille dans l’univers des vêtements non?). Licenciement sec. La crise économique est passée par là.

 

Il s’est alors tourné vers le théâtre et officie depuis quelques mois comme assistant costumier au sein d’une troupe amateur. Pour autant, il ne s’agit que d’un poste à mi-temps et pouvoir en occuper un second lui permettrait de rattraper une année noire question revenus. La suite de l’annonce continue d’attiser sa curiosité : « Après une formation interne en management, vous serez à même de diriger votre propre équipe force de vente au sein de notre service commercial. »

 

Les paroles de sa chanson préférée tambourinent alors dans sa tête : « Et si c’était la chance de ma vie ? J’me lance allez tant pis… » Michel JONASZ l’a toujours aidé aux moments cruciaux de sa vie. Y compris lorsque son allure androgyne avait déplu à des gros bras de son quartier et l'avaient laissé tuméfié au fond d’une ruelle. Il s’en était relevé et avait su se remobiliser.

 Il fouille dans ses dossiers, déniche un vieux CV qu’il entreprend de rafraîchir. Puis il choisit avec soin sa tenue vestimentaire. « Se présenter au magasin tous les jours entre 9 h et 18 h. »

 Comme Léo ne veut dépendre que de lui-même, il répète mentalement ses arguments et s’en va à la rencontre de son avenir.

 

2ème sujet :

 

Voyage en terre inconnue

 

Connaissez-vous ce tout petit pays coincé dans la corne de l’Afrique ? Il s’appelle le Ruspana. Vous en avez sûrement entendu parler, car il abrite une faune sauvage remarquable. Je le sais ! J’y suis allée ! C’est d’ailleurs très étonnant car les animaux là-bas ne ressemblent à aucun autre !

caribou.jpg

 La première fois que je me suis retrouvée face à un carbier[1], je n’en menais pas large. Il me regardait de ses grands yeux noirs bordés de cils blancs en se gourléchant les babines. Me voyait-il comme un repas potentiel ? Vous pensez bien que je ne le lui ai pas demandé. Au contraire, je me suis détournée et je suis partie, pédaloutiant[2] de toute la force de mes pauvres jambes cotonneuses et tremblotantes.

 

 Je me suis réfugiée derrière un bosquet très dense de sourmandis[3], ignorant que ces arbustes d’aspect inoffensif abritaient une colonie entière de brivoules[4] en pleine couvade. Autant vous dire que je commençais sérieusement à regretter mon aventure en Afrique Australe. Je restais péfrige[5] sur place, incapable de bouger. Cette fois, mes guiboles ne me servaient à rien.

 

Mon salut se présenta en la personne d’un batarateur[6] local qui accompagnait un groupe d’ornithologues amateurs venus observer la nidification de ces plumipèdes. Dès qu’il émit le son de calmitude propre à l’espèce, les couveuses reprirent leur posture fétiche et ne se préoccupèrent plus de moi, ni de quiconque d’ailleurs. Je demandais à ce spécialiste animal si je pouvais me joindre à son groupe pour le restant de la journée. Il me répondit par l’affirmative en ajoutant : « Foroche fréquenro niet chamiron », ce qui peut être traduit à peu près de la manière suivante : « Il n’est pas question de pister les animaux à l’heure où les chiens sont farouches ». En fait, respecter la nature et son cycle de vie est primordial et s’y conformer constitue la règle à suivre.

 

 Le lendemain, je partis à l’aube avec un pisteur aguerri à la recherche des outates[7], primates de petite taille vivant dans les troncs d’arbres de la zone patacemou[8]. Le guide faunistique du Ruspana indiquait que ces petits animaux étaient capables de construire un système très ingénieux d’habitation au creux des arbres et je voulais voir cela de mes yeux. L’étrangère que je suis ne fut pas très bien accueillie là non plus ! Le premier outate à me voir se mit soudainement à créquérer[9] de manière tellement forte que je dus me boucher les oreilles.

 

Décidément, je n’étais pas la bienvenue en ce pays. Rabomti, mon accompagnateur, réussit à attraper deux outates pour me permettre de les voir de près. Ces deux charmantes petites bêtes étaient tout bedaing[10], friands qu’ils sont de cananas[11] et de curriculum citronneux.[12] Me voyant pétrie de bonnes intentions, les deux animaux commencèrent à me sentir puis ils vinrent se réfugier dans mes bras, me caressant le visage de leurs coussinures[13]. 

J’en étais tout plectrisse[14], ces petites bêtes à poils étant tellement attendrissantes.

 

Le temps passait et Rabomti me pressa, car il voulait me montrer un personnage bluffatoire[15] qui avait élu domicile dans un lieu appelé la Ferme de Dent-de-Lion où il préservait des créatures animalières plutôt pittoresques qui ne pouvaient pas survivre en milieu naturel. Il se prénommait Wallace Fletcher, un Anglais ex-propriétaire de cirque qui s’était exilé au Ruspana après une déception amoureuse. Avant de s’installer sur les Territoires du Sud, il s’était fait connaître de la peuplaine[16] nordicale grâce à un numéro bien huilé de dindompteur[17].  Par la suite, ses pérégrinations l’amenèrent à l’extrême sud du pays où il construisit sa ferme.

 

A notre arrivée, nous fûmes accueillis par un pumarmotte[18]. C’était la fin de la journée et celui-ci ne fut pas long à disparaître avec le soleil. L’obscurité qui descendait sur la réserve vit l’apparition de dracularaignées[19] qui prirent un malin plaisir à se prendre dans mes cheveux, mettant mes nerfs à rude épreuve. J’allais de surprise en surprise dans ce pays engaroufiant[20]et je me rendais vraiment compte que l’improvisation du départ n’était plus de mise à présent. Je me préparais à le comprendre, aidée en cela par mes deux guides itinétiques[21].



1] Carbier : Non masc. Espèce de caribou à poils ras vivant dans les zones boueuses du Ruspana

[2] Pédaloutiant : vient du verbe pédaloutier : détaler à toute vitesse

[3] Sourmandis : Nom masc. Arbuste touffu et fleuri de l’extrême sud du Ruspana

[4] Brivoule : Nom féminin. Bipède femelle à grandes pattes velues ressemblant à un émeu. Le mâle s’appelle un brivoulet

[5] Péfrige : Adj. Stupéfié, abasourdi

[6] Batarateur : Nom masc. Spécialiste des animaux rares des plaines africaines, capable de reproduire leur cri à la perfection. En argot, un batarateur se dit d’une personne qui parle tout le temps pour ne rien dire

[7] Outate : Nom masc. Petit singe vivant uniquement dans le creux des arbres

[8] Patacemou : Adj. Se dit d’un terrain plat au sol spongieux

[9] Créquérer : Verbe du 1er groupe. Pousser des petits cris stridents

[10] Bedaing : Adj. Se dit des animaux lorsqu’ils ont trop mangé et ont le ventre rebondi

[11] Cananas : Nom masc. Fruit granuleux orange

[12] Curriculum citronneux : Nom masc. Fruit plat et fin comme une feuille de la forme d’un citron

[13] Coussinure : Nom féminin. Plante des pieds et des mains des outates, douces comme du duvet de brivoule

[14] Plectrisse : Adj. Attendri, ému

[15] Bluffatoire : Adj. Hors du commun, extraordinaire

[16] Peuplaine : Nom féminin. Terme générique qui désigne les habitants des hauts-plateaux du Ruspana

[17] Dindompteur : Nom masc. Dresseur de dindons sauvages

[18] Pumarmotte : Nom masc. Petit mammifère sauteur rapide à s’endormir

[19] Dracularaignée : Nom féminin. Araignée qui se transforme en chauve-souris à la tombée de la nuit

[20] Engaroufiant : Adj. Époustouflant, fantastique

[21] Itinétique : Adj. Se dit d’une personne expérimentée, experte dans son domaine



3ème sujet :

 

Haiku N°1 :

Pépiements d’oiseaux

À la cime du tilleul

Printemps déjà là ?

 

Haiku N°2 :

Nuit de pleine lune

Ululement du hibou

Claquement de dents

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4ème sujet :

 

 

J

ouer sur les cordes de mon âme

O

uvrir mon cœur aux petits bonheurs

I

l n’est pas nécessaire d’aller très loin

E

lle est présente dans chaque bulle d’air

 

 

D

ésirer profiter pleinement de l’aube

E

t des journées ensoleillées et fleuries

 

 

V

arier les plaisirs, éveiller mes sens

I

nstaller des rires et des regards

V

aut-elle véritablement d’être vécue ?

R

ien ne peut altérer sa douce tiédeur

E

lle a tellement de surprise en réserve

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© Ouvrez les Guillemets 63 – 08.02.19



10/02/2019
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